Le syndrome du grand méchant monde, concept issu de la théorie de l'information, désigne la peur exagérée du monde nourrie par des contenus médiatiques anxiogènes. Environ 70 % des Français ont une vision pessimiste de l'avenir, selon les sondages, alors que les tendances mondiales sont bien plus nuancées, voire positives. C'est ce que révèle une analyse de 20 Minutes.
Un concept né dans les années 1970
Ce concept a été élaboré par les chercheurs en sciences de la communication américains George Gerbner et Larry Gross. Ils l'ont théorisé à partir de 1976, puis nommé en 1980. Derrière ce terme amusant se cache un vécu bien plus sinistre : certains contenus médiatiques cultivent une représentation biaisée, anxiogène, de la réalité sociale.
Dès 1968, Gerbner et Gross s'intéressent à l'impact de la télévision, alors en pleine explosion, sur les Américains. Leurs premiers constats sont préoccupants : plus les gens regardent la télévision, plus ils éprouvent de la peur, de la méfiance ou un sentiment de danger.
Internet et réseaux sociaux : un cercle vicieux
Ces résultats ont été confirmés par beaucoup d'autres études. Certaines suggèrent que les autres médias, à commencer par les réseaux sociaux, sont également susceptibles d'accroître le sentiment d'insécurité. Paradoxalement, ce sentiment peut conduire à se couper du monde et à consacrer davantage de temps aux médias. C'est donc potentiellement un cercle vicieux.
D'autres recherches ont démontré que le danger fait vendre, ou retient l'attention, ou génère du clic. C'est logique du point de vue de l'évolution, puisque nos cerveaux ont tout intérêt à se focaliser sur ce qui est dangereux plutôt que sur ce qui ne l'est pas. Les médias ont donc, de leur côté, tout intérêt à privilégier les informations anxiogènes.
Des perceptions pas toujours fausses
Ces perceptions ne sont pas nécessairement fausses. Diverses études ont cherché à comparer la perception des individus aux données objectives, notamment en ce qui concerne la criminalité locale. Certains résultats révèlent une distorsion, d'autres non.
Ce qui est certain, c'est que, selon les sondages, environ 70 % des Français ont une vision pessimiste de l'avenir. Si l'on se réfère aux chiffres, les tendances mondiales sont pourtant bien plus nuancées, voire, pour certaines, très positives.