Au pied des Pyrénées, les gaves d'Oloron et de Pau ne voient plus qu'une poignée de saumons sauvages remonter jusqu'à leurs sources. Cette pêche y est depuis deux saisons interdite. Comme partout ailleurs en France, la question se pose : ressentira-t-on un jour la forte émotion de ferrer à nouveau au bout de sa canne le roi des gaves ?
Un pêcheur résigné
« Une montée d'adrénaline aussi rare que puissante », se souvient Pierre Berges, président de l'Association de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPPMA) du gave d'Oloron. « Le dernier, au fouet, c'était il y a trois ou quatre ans, et forcément je l'avais relâché. » Résigné à se rabattre sur du plus menu fretin, à 64 ans, le Béarnais n'y croit guère. « Si on nous avait écoutés plus tôt, peut-être qu'il y aurait encore du saumon dans notre rivière », soupire-t-il.
Certes, le saumon atlantique n'a pas tout fait disparu, mais il frappe désormais au compte-goutte à la porte de la station de contrôle du barrage de Masseys. Moins de 600 individus y ont été recensés l'an dernier, contre 2 329 il y a dix ans et 1 526 en 2022. « Comme redouté, la situation s'est dégradée à un niveau d'une faiblesse jamais enregistrée », alertent les scientifiques de Migradour, l'une des neuf associations dédiées à l'étude des poissons migrateurs à travers le pays. « L'évolution est similaire à celle observée dans la quasi-totalité des rivières à saumon de l'Atlantique Nord. » Le gave jumeau de Pau n'y échappe pas, avec à peine 203 comptages réalisés au barrage d'Artix lors du précédent exercice.
Les causes du déclin
Cette chute brutale survient après un siècle de dommages collatéraux liés au développement économique : barrages, pollutions agricoles, industrielles et domestiques. L'alevinage et l'aménagement de passes jusqu'aux frayères n'ont pas suffi à limiter la casse. Les amateurs de pêche de loisir pointent également du doigt la poignée de professionnels encore récemment à l'ouvrage. « Bien sûr que le problème du saumon est d'abord mondial, en mer, mais la pêche commerciale et fluviale ici n'a rien arrangé », insiste Pierre Berges.
Autrefois si abondant que 10 000 spécimens étaient chaque année capturés dans le bassin de l'Adour, le grand migrateur n'est pas passé à travers toutes les mailles des filets tendus entre l'embouchure du fleuve et la commune d'Urt, mais aussi plus en amont jusqu'au confluent des gaves de Pau et d'Oloron.
Une interdiction reconduite
Mis à part d'éventuels braconnages, l'infatigable pèlerin ne risque plus rien en ces eaux où sa pêche est depuis un peu plus d'un an totalement interdite, ainsi qu'en mer le long des côtes landaises et basques. Début mars, la préfecture de Nouvelle-Aquitaine a reconduit cet arrêté, motivé par un « déficit critique de la ponte », auquel certains redoutent d'être condamnés à perpétuité. « Je pense que ce n'est pas irréversible, mais on ne peut plus jouer, la situation est trop alarmante », approuve le président de l'AAPPMA. « Et dire qu'avant le gave d'Oloron était une autoroute vers la reproduction. Forcément, avec seulement une centaine de kilomètres depuis l'océan, la chose est plus confortable que lorsqu'il faut remonter 1 000 bornes jusqu'à l'Allier. »



