Rarissime requin renard observé au large de Sète par un pêcheur
Rarissime requin renard observé au large de Sète

Le 23 septembre dernier, un requin renard commun a été observé au large de Sète, dans l'Hérault. Jonathan Delmée, cogérant de Sète Fishing, a remonté ce spécimen de 120 à 150 kg lors d'une sortie de pêche au gros, à environ 45 mètres de profondeur et à 6 milles des côtes sétoises. L'animal, inscrit sur la liste rouge des espèces menacées d'extinction, a été relâché après quelques images souvenirs.

Une prise rare pour un pêcheur expérimenté

Jonathan Delmée, qui cumule 16 ans de pêche, a immédiatement compris qu'il avait affaire à un poisson d'exception. « C'est costaud, il a fallu 1 h 30 pour le remonter », raconte-t-il. Ce n'était pas un thon, comme celui de 230 kg qu'il avait pêché début août, mais un requin renard commun. « Ce n'est pas exceptionnel mais c'est pas tous les jours qu'on en voit un, la dernière fois c'était il y a 5 ou 6 ans », poursuit le professionnel, qui a publié la vidéo de la rencontre sur sa page Facebook.

Le requin renard doit son nom à sa queue spectaculaire, en forme de panache, terminée par une sorte de boule. « Il passe dans les bancs de poissons, il les assomme avec et les mange », décrit le pêcheur sétois. Cette technique de chasse unique en fait une espèce particulièrement fascinante pour les scientifiques.

Une espèce menacée et sous-étudiée en Méditerranée

Mathieu Lapinski, président de l'association Ailerons, créée en 2006 à Montpellier, apporte des précisions sur cette espèce mystérieuse. « C'est un grand requin qui peut atteindre les 5 m et sa queue peut mesurer la moitié de son corps », détaille-t-il. L'association a mis en place un observatoire national baptisé Elasmed (Observatoire participatif citoyen des ELASmobranches de MEDiterranée française) pour compiler les données sur les requins et les raies remontées par les particuliers et les professionnels.

« Le requin renard figure sur la liste rouge des espèces menacées d'extinction, assure Mathieu Lapinski. D'où le fait qu'il est interdit à la pêche, au débarquement et à la consommation. Son observation est plutôt rare, chaque année, on a 1 à 5 observations en Méditerranée française. Donc c'est important de faire remonter les données, qu'elles ne soient pas perdues dans les smartphones. »

Une disparition silencieuse et le rôle du réchauffement climatique

Le spécialiste rappelle que les grands requins ont presque entièrement disparu de Méditerranée, à l'instar des requins renard, mako, peau bleue et même le grand blanc, dont un spécimen avait défrayé la chronique en 1956. Le réchauffement de la Méditerranée ne leur est pas favorable. « Il faut se réjouir d'avoir ces observations, pour que ça puisse être utilisé en science participative, poursuit-il. On voit aussi que les pêcheurs sont conscients de ces enjeux. »

Le requin renard reste un mystère pour les scientifiques. « On en voit plus en plongée, note Mathieu Lapinski. Alors on ne sait pas vraiment où il se reproduit. Il faut savoir que des plongeurs vont à l'autre bout du monde maintenant pour en apercevoir, aux Philippines ou en Égypte. En Méditerranée où il vit en eau profonde – d'ailleurs il n'a pas besoin de remonter en surface pour respirer –, il est sous-étudié. C'est une disparition silencieuse. »