Depuis le 20 août 2026, la ville de Cannes est la première en France à équiper sa police municipale de trois détecteurs portables de protoxyde d'azote (N₂O), dans l'air expiré des conducteurs. Dès les premières nuits de contrôle, un dépistage s'est révélé positif, entraînant la verbalisation du conducteur et l'immobilisation de son véhicule. Mais cette technologie suscite un profond scepticisme parmi plusieurs experts médicaux et chercheurs, qui remettent en cause sa fiabilité réelle.
Une technologie aux résultats contestés
Ces boîtiers légers de 60 grammes, conçus par la société française Olythe, prétendent mesurer une consommation récente de protoxyde d'azote. Pour les biologistes, la vitesse d'élimination du gaz rend l'exercice périlleux. Comme l'a expliqué Guillaume Grzych auprès de France Info, un résultat négatif à ce type de test ne garantit en rien l'absence de consommation quelques minutes plus tôt. Le gaz s'évacue rapidement : il disparaît de l'air expiré et des analyses sanguines en 20 à 30 minutes seulement.
Au-delà de cette fenêtre de détection très courte, c'est la précision même de la mesure qui interpelle. Soumis à de nombreuses interférences (environnementales ou biologiques), l'appareil pourrait générer des faux positifs. Selon le biologiste lillois, la démonstration scientifique d'efficacité reste à faire, et il faudra des mois, voire des années, pour concevoir un outil totalement irréprochable.
L'expérience danoise comme référence
Face aux doutes de la communauté scientifique, l'entreprise Olythe met en avant l'expérience du Danemark, où deux districts de police testent l'appareil depuis janvier. Équipées de 30 détecteurs, les forces de l'ordre danoises recensent une trentaine de procédures où le test positif sur la route a été confirmé par une prise de sang, ayant déjà mené à la condamnation de trois automobilistes.
Interrogée par France Info, Charlotte Uggerhoj Andersen, professeure associée de médecine légale à l'université d'Aarhus, rappelle que l'appareil n'a aucune valeur juridique : il s'agit d'un strict outil de dépistage dont le résultat doit obligatoirement être validé par un prélèvement sanguin. De plus, si son étude préliminaire n'a révélé aucun faux positif, elle n'a été menée que sur un panel restreint de 15 personnes et dans un environnement intérieur sous contrôle, bien loin des contraintes réelles d'un contrôle routier nocturne sur le bord de la chaussée.
Un bilan en attente de confirmation
C'est pourquoi la police danoise attend d'atteindre la barre des 50 tests positifs confirmés avant de tirer un premier bilan sur l'efficacité du dispositif. En attendant, la Ville de Cannes poursuit son expérimentation, mais la communauté scientifique reste prudente quant à la fiabilité de ces détecteurs, qui nécessitent encore des preuves solides avant de pouvoir être généralisés.