Pollution du Rhonel : Brignac s'inquiète des rejets de la Step
Pollution du Rhonel : Brignac s'inquiète des rejets

Une panne technique à la station d'épuration de Clermont-l'Hérault dégrade fortement la qualité des eaux rejetées dans le Rhonel, qui se jette dans la Lergue. À Brignac, les élus s'inquiètent des conséquences pour les milieux aquatiques et l'eau potable. Entre Clermont-l'Hérault et Brignac, le cours d'eau, habituellement clair, s'écoule noirâtre.

Une pollution constatée par un élu en promenade

« Personne ne nous a prévenus. C'est l'un de nos élus qui s'est aperçu de cette pollution, ce week-end, en se promenant. Dans le meilleur des cas, cela n'a commencé que dimanche », s'étrangle Marina Bourrel, maire de Brignac. Elle pointe du doigt la station d'épuration de Clermont, située en amont du Rhonel. « Ce n'est pas la première fois que cela arrive. Le 24 août, il a déjà eu une déverse… Il y avait déjà un problème à la station. Nous avons contacté tout le monde : ARS, Com com (compétente sur l'eau et assainissement), DDTM… »

La pollution touche aussi directement la Lergue, dans laquelle le Rhonel se jette, en amont du pont de Cambous, entre Brignac et Saint-André. Là, « les écoliers de Brignac viennent régulièrement pour découvrir la nature et être sensibilisés à l'environnement. Les enfants vont certainement apprécier », ironise Olivier Parret, premier adjoint de Brignac. Il se dit « surpris » de la réponse de l'ARS, qui renvoie logiquement vers la CCC, compétente sur le sujet. « Concernant les baignades, ils nous ont simplement répondu que la période estivale réglementaire étant terminée, les contrôles sanitaires ne sont plus réalisés sur cette période. Je pensais qu'ils allaient s'emparer du sujet, faire des analyses… »

Un forage d'eau potable menacé ?

La première magistrate de la commune s'interroge aussi sur un éventuel impact de cette pollution sur la qualité de l'eau au robinet. À Brignac, l'eau provient d'un forage réalisé dans la nappe alluviale souterraine de la Lergue. « Je ne suis pas ingénieur mais je m'inquiète pour l'impact sur la qualité de l'eau potable. On me dit que les eaux qui proviennent de la Step ne vont que passer. Mais, il y a des sédiments… », évoque Marina Bourrel.

« La pollution est constituée de boues (de fin de traitement) présentes, en suspension, en quantité trop importante dans les eaux de rejets. Ce ne sont pas non plus des hydrocarbures comme nous avons pu l'entendre », précise Michèle Glaas, directrice du Pôle eau et environnement de la CCC. Elle reconnaît un « souci technique important sur la Step de Clermont » : la panne d'un aérateur dont la réparation est en cours. Un incident qui rend « la qualité des eaux de rejet très insatisfaisante. Très clairement, en raison de cette panne sur un équipement stratégique de la station, nous ne sommes pas conformes au niveau des rejets […] Les services sont pleinement mobilisés pour résoudre au plus vite cette problématique, en lien étroit avec la Police de l'eau, l'ARS et l'Agence de l'eau ».

Des mesures de surveillance et de précaution renforcées

La responsable indique que le Rhonel est étroitement surveillé, les analyses renforcées, et les prochains bilans d'analyse des eaux (sur la Step et le Rhonel) seront reçus en début de semaine. La problématique actuelle, « sur laquelle nous avons échangé avec la mairie les 29 et 30 septembre, est liée à une panne qui a eu des répercussions quelques jours après être survenue ».

« Nous prenons le sujet à bras-le-corps », abonde Sébastien Vaissade, conseiller communautaire délégué à la gestion de l'eau et à la Gemapi. « Nous avons notamment mis en place des extractions de boues supplémentaires au niveau de la station (pour soulager les deux aérateurs fonctionnels NDLR), un suivi renforcé de la sortie du rejet, un suivi du forage d'eau potable à Brignac et sur le réservoir… », poursuit la directrice du Pôle eau.

La réparation de l'aérateur est en cours, « même si cela a un certain coût, il faut le faire. Nous avons des objectifs réglementaires à respecter. Et il y a, avant tout, un enjeu sanitaire pour le milieu naturel, la faune, la flore, le cycle de l'eau… », analyse Michèle Glaas qui entrevoit une embellie : « la situation devrait progressivement s'améliorer d'ici une quinzaine de jours. »

Quant à la qualité de l'eau potable, « l'eau qui sert à l'alimentation est prise dans la nappe alluviale souterraine. Les couches du sol permettent une filtration. Par principe de précaution, vraiment par précaution, nous avons néanmoins légèrement renforcé la chloration », conclut Michèle Glaas.

Précisions : « L'incident du 24 août est lié à la tempête qui est survenue ce jour-là. Il est totalement indépendant de l'incident que nous rencontrons actuellement. Le 24 août, il s'était produit une surverse par temps de pluie qui est parfaitement autorisée dans le cadre de l'arrêté préfectoral de la station. Nous avions nettoyé le passage à gué. Le 31 août, le Rhonel était impeccable », rappelle Michèle Glaas. Les boues extraites, pour soulager les aérateurs, sont ensuite déshydratées et valorisées sous forme d'engrais par un partenaire du Pôle eau.

La Step de Clermont fait l'objet d'un suivi et de travaux réguliers. « Nous assurons l'exploitation en régie de l'ouvrage depuis 2023. Nous avons déjà changé, en préventif, de nombreux organes stratégiques sur la station. Cette année, nous avons investi 300 000 € sur un équipement de déshydratation des boues. Nous avions prévu de remplacer les aérateurs l'année prochaine… », souligne Michèle Glaas.