Pesticides à vie : la droite et l'extrême droite prêtes à brader la santé
Pesticides à vie : droite et extrême droite braderaient la santé

Le député européen Pascal Canfin (Renew) lance une tribune choc contre le projet de réforme du droit des pesticides en Europe. Porté par la Commission européenne, le paquet législatif Omnibus X propose de supprimer toute réévaluation périodique des pesticides, ce qui autoriserait de fait des substances comme le glyphosate ou les néonicotinoïdes sans limite de durée. Pour l'élu, l'adoption de ce texte constituerait « une énorme régression » pour la santé publique.

Une réforme qui supprime les garde-fous scientifiques

En décembre 2025, la Commission européenne a proposé d'autoriser la vaste majorité des pesticides sans limite de durée, en supprimant purement et simplement les réévaluations qui existent aujourd'hui tous les dix à quinze ans. Or, ces réévaluations sont le seul mécanisme permettant de réexaminer les pesticides au regard des dernières connaissances scientifiques sur leurs risques sanitaires et environnementaux.

« Les pesticides ne sont pas des produits comme les autres », rappelle Pascal Canfin. Comme tous les produits chimiques, ils comportent des risques, et ces risques sont scientifiquement établis. Dès le 8 décembre 2025, une lettre ouverte de 2 300 médecins, soignants et scientifiques alertait sur les conséquences délétères pour la santé de cette régression. Ces dernières semaines, les lettres d'endocrinologues, de chercheurs européens et d'épidémiologistes se sont succédé dans le même sens.

Des associations et la société civile mobilisées

Des associations de patients, comme France Parkinson, ont écrit aux eurodéputés pour rappeler les conséquences dramatiques de certains pesticides sur la santé. Elles citent notamment le fait que les personnes ayant utilisé de la roténone ou du paraquat développent la maladie de Parkinson environ 2,5 fois plus souvent que les non-utilisateurs.

La société civile s'est emparée du sujet : de nombreuses manifestations ont été organisées, et d'autres sont en cours, pour dénoncer le lien entre pesticides et santé, ainsi que les risques des autorisations illimitées. Un appel à manifester contre ce texte a été lancé pour le week-end des 10 et 11 octobre, en France et en Europe.

Une course au laxisme portée par la droite et l'extrême droite

La proposition de la Commission européenne est jugée inacceptable par Pascal Canfin. Il souligne que même les États-Unis, « peu suspects d'excès de zèle réglementaire », réexaminent chaque pesticide tous les quinze ans. Mais la négociation en cours au Parlement européen aggrave encore les choses.

Les deux corapporteurs italiens du texte, issus des groupes PPE (où siège LR) et ECR (où siège Marion Maréchal), proches de Giorgia Meloni, ont proposé d'ajouter un traitement de faveur aux substances interdites en raison de leur danger pour la santé. Ils proposent d'affaiblir considérablement le système qui sort un pesticide du marché en raison de sa dangerosité. Aujourd'hui, lorsqu'un pesticide est interdit, il peut bénéficier d'une dérogation, mais sous conditions strictes. Les députés de droite et d'extrême droite suppriment ces conditions.

Résultat : une substance comme le bromoxynil, interdit depuis 2020 car toxique pour la reproduction humaine, pourrait revenir sur le marché. Il suffirait qu'un pays demande une dérogation pour l'obtenir, et ce produit serait ensuite disponible dans toute l'Europe. Impossible, par exemple, pour l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) en France de s'y opposer. « C'est la course au plus laxiste », dénonce l'eurodéputé.

Des amendements copiés sur les lobbyistes

En regardant de plus près le rapport et les amendements de la droite et de l'extrême droite, notamment ceux des députés du Rassemblement national, Pascal Canfin affirme retrouver « très vite les positions des géants de l'industrie des pesticides comme Bayer ou Syngenta, ou de leur lobby à Bruxelles, CropLife ». Certains amendements seraient même des copier-coller des suggestions faites par ce lobby.

« Ces députés sont en train de vendre à quelques très grandes entreprises la santé de 450 millions d'Européens », écrit-il. Et ils le font contre les aspirations de leurs propres électeurs. Un sondage réalisé par Cluster 17 mi-septembre montre que 69 % des électeurs du RN, 70 % de ceux de Reconquête et 76 % de ceux de LR déclarent vouloir maintenir les réévaluations périodiques et être contre l'autorisation illimitée des pesticides. « La droite et l'extrême droite trahissent donc tout simplement ceux qui les ont élus », conclut Pascal Canfin.

Le vote en commission environnement et agriculture du Parlement européen aura lieu en novembre. Il est encore temps de faire changer d'avis les eurodéputés. Pascal Canfin appelle à les interpeller pour leur demander de ne pas voter cette régression sans précédent qui menace la santé des citoyens et celle de leurs enfants.