Une technicienne de laboratoire de 28 ans est décédée en Sibérie, possiblement victime de la peste pulmonaire. Selon le gouverneur de la région russe de Bouriatie, Alexeï Tsydenov, la jeune femme, qui travaillait à l’Institut anti-peste d’Irkoutsk, aurait contracté la maladie à la suite d’un tube à essai brisé, rapporte le média Peuples du Baïkal. Si la peste pulmonaire reste rare aujourd’hui, elle continue ponctuellement de réapparaître dans certaines régions d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud. 20 Minutes a posé la question au professeur associé Emmanuel Piednoir à l’université de Caen et infectiologue au centre hospitalier d’Avranches-Grandville.
Qu’est-ce que la peste pulmonaire et comment se distingue-t-elle des autres pestes ?
Il existe deux principaux types de peste. La peste bubonique se manifeste, hormis les signes habituels, par un ganglion qui suppure. Cette forme est grave, mais pas forcément la plus grave. La peste pulmonaire, elle, voit le bacille de la peste se loger au niveau des poumons. Une de ses caractéristiques est un taux de mortalité très important si elle n’est pas traitée par des antibiotiques.
Il y a trois modes de contamination de la peste. Le premier passe par les puces : une épidémie frappe d’abord les rongeurs, dont les rats, qui véhiculent des puces capables de transmettre le bacille à l’homme. Le deuxième mode consiste à manipuler des animaux morts de la peste en manquant aux règles d’hygiène. Pour la peste pulmonaire enfin, il y a une contamination interhumaine directe par la salive, notamment par les postillons. Cela nécessite des contacts rapprochés, au sein d’un couple ou d’un même foyer.
La peste pulmonaire est-elle la forme la plus grave ?
Oui, la peste pulmonaire est celle qui a le taux de mortalité le plus important. Mais si elle est diagnostiquée à temps et traitée, les taux de réponse sont excellents. Sans traitement, en revanche, elle se transmet d’homme à homme et devient grave en termes de mortalité.
Les symptômes de la peste pulmonaire sont au départ de la fièvre et des maux de tête, sans signes distinctifs des maladies classiques. Pour la peste bubonique, des ganglions grossissent et finissent par suppurer. Des tests biologiques permettent ensuite de poser le diagnostic, mais les signes cliniques initiaux ne sont pas du tout spécifiques.
Faut-il s’inquiéter en France de ce cas en Russie ?
Selon Emmanuel Piednoir, il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour l’instant. La peste circule dans certains pays, mais pour la France, il n’y a pas de motif d’inquiétude particulier. Historiquement, des grandes épidémies comme la Peste noire au Moyen Âge ont décimé la moitié de la population en Europe, ce qui reste ancré dans les mémoires. Mais la différence majeure avec des virus comme le Covid au tout début est que des antibiotiques traitent efficacement la peste. Il suffit d’en faire le diagnostic suffisamment tôt. C’est pourquoi aucune épidémie de grande ampleur n’a eu lieu depuis très longtemps : les modes de transmission sont connus grâce à Alexandre Yersin, et les cas peuvent être traités par antibiotiques.
Ces antibiotiques sont classiques, comme les fluoroquinolones ou les cyclines, des molécules très disponibles en France, même en médecine de ville. La peste pulmonaire reste donc une maladie grave, mais maîtrisable grâce à une prise en charge rapide.