Frontignan : les habitants exigent des industriels des solutions contre les odeurs
Frontignan : les habitants exigent des solutions aux industriels

À Frontignan, la gêne olfactive ressentie par les habitants progresse d'année en année, et les riverains ont profité d'une réunion publique organisée par l'Atmo, le 8 octobre, pour réclamer des solutions concrètes aux industriels locaux. Face à la présence du dépôt pétrolier GDH, de l'ancienne raffinerie Mobil, de Saipol, Timac-Agro, Hexis ou encore Scor, les habitants attendent que les entreprises prennent le sujet à bras-le-corps.

Une réunion publique sous tension

« L'odeur ne fait pas le risque », a posé d'emblée Pierre-Yves Robic, directeur adjoint d'Atmo Occitanie, association agréée de surveillance de la qualité de l'air, en ouverture de la réunion publique du jeudi 8 octobre à Frontignan. Mais cette mise au point n'a pas suffi à apaiser les inquiétudes des riverains, qui dénoncent des odeurs et des poussières persistantes.

Si les signalements sur la plateforme Signal'Air ont reculé en 2025, la gêne ressentie, elle, progresse. En 2025, la plateforme n'a enregistré que 67 signalements de nuisances olfactives, dont 20 déposés par les Nez référents, ces citoyens formés au langage du nez. Un net recul de la mobilisation, de la part des Nez référents comme du grand public, que Céline Laurens, présidente de l'association des riverains du quartier Près Saint-Martin et du canal du Rhône, explique en partie par un manque d'information tant sur l'existence de la plateforme auprès des habitants que d'Atmo envers ses propres Nez référents.

Quatre familles d'odeurs dominantes

Pour inverser la tendance, l'organisme a lancé en 2025 un réseau de citoyens sentinelles et simplifié la caractérisation des odeurs, en remplaçant le vocabulaire technique par un langage commun, accessible à tous. Selon le bilan 2025 de l'Observatoire des odeurs du bassin de Thau, piloté par Atmo Occitanie, quatre familles d'odeurs dominaient : égout/œuf pourri/soufre ; excréments ; cuisson de graines et hydrocarbures. Il en est de même en 2026, avec des signalements qui repartent à la hausse sur tous les types d'odeurs depuis juillet, et plus fortement pour les hydrocarbures depuis septembre.

L'odeur d'excréments, longtemps marginale, gagne du terrain, en proportion comme en nombre de signalements. Elle touche le quartier de La Peyrade, dans un rayon de 800 mètres autour de la station d'épuration du quartier des Eaux Blanches à Sète. « Depuis une année, on subit cette odeur constamment. C'est intenable. Des fumées sortent de l'incinérateur, mais on ne sait pas de quoi elles sont composées. Quant aux poussières, c'est encore plus grave. Dans nos jardins comme dans nos maisons, c'est noir tout le temps. Concrètement, quelles solutions pouvez-vous apporter ? », interroge Thierry Pigeyre, habitant de La Peyrade-Méreville.

Le dossier des poussières traîne depuis vingt ans

Ce dossier des poussières traîne depuis « une vingtaine d'années », rappelle Céline Laurens. La Région a financé une étude confiée à Atmo, mais la nature de ces poussières n'est toujours pas établie, au grand dam des habitants. « Atmo n'a pas vocation à agir sur les sites industriels », a dû rappeler son directeur adjoint.

Côté mairie, Olivier Laurent, adjoint délégué à la prévention des risques, assure que la collectivité met « la pression sur les industriels. Certains ont agi, d'autres pas tel Saipol, à l'origine de fortes nuisances. Nous avons obtenu l'an dernier de la préfecture la mise en place d'une commission du suivi de site, ce qui n'est pas obligatoire sur un site Seveso. Après, c'est aux industriels de trouver une solution ».

Des industriels qui agissent, d'autres qui rechignent

A contrario de Saipol, le dépôt pétrolier GDH à Frontignan, adhérent d'Atmo depuis deux ans, a engagé plusieurs actions : prise en compte des conditions météorologiques lors de ses activités odorantes (ventilation des réservoirs) et des modifications de ses installations (toits dômes sur les réservoirs, dimensionnement des systèmes de respiration…), remontée d'information par le personnel et les gardiens en cas de perception d'odeurs lors des rondes. Par ailleurs, lors de la dernière commission de suivi de site, en juillet dernier, « nous nous sommes engagés à prévenir en amont riverains, mairie et Sdis 34 lors d'activités odorantes comme la ventilation des réservoirs, réalisée une à deux fois par an pendant deux à trois jours », précise son directeur, Thomas Chambat.

La phase 2 de l'étude d'Atmo sur l'impact de onze composés organiques volatils sur la qualité de l'air débutera le mois prochain, lors d'une opération de ventilation des réservoirs, afin de savoir si elle a un impact hors de ce site. À suivre.