L'extinction nocturne de l'éclairage public ne provoque pas de hausse de la délinquance
Une étude inédite menée par Chloé Beaudet, docteure en économie de l'environnement à l'Université Paris-Saclay, apporte un éclairage nouveau sur le débat sensible de l'extinction nocturne de l'éclairage public. Publiée en janvier 2026, cette recherche démontre que cette mesure, mise en œuvre dans de nombreuses communes françaises depuis une décennie, n'entraîne pas d'augmentation massive des actes de délinquance.
Des résultats chiffrés qui contredisent les craintes
En croisant les statistiques du ministère de l'Intérieur avec les données satellites du Cerema, la chercheuse a constaté que seuls les cambriolages connaissent une légère augmentation, de l'ordre de +0,35 pour 1 000 logements, principalement dans les grands centres urbains à forte densité. En revanche, aucune corrélation significative n'a été établie avec les dégradations volontaires, les violences sexuelles, les vols non-violents, les vols de véhicules ou le trafic de stupéfiants.
"L'opposition à l'extinction des lumières serait plutôt liée à un sentiment d'insécurité", explique Chloé Beaudet. "Ce sentiment reste légitime, mais il n'est pas confirmé par les chiffres de la délinquance."
L'acceptabilité sociale varie selon les territoires
L'étude s'est particulièrement intéressée à la Métropole de Montpellier, révélant des disparités importantes dans l'acceptation de ces mesures :
- Dans les zones urbaines denses, l'adhésion aux politiques de réduction de la pollution lumineuse est moindre
- Dans les communes périphériques et périurbaines, les habitants se montrent plus favorables à ces mesures
- Cette différence s'expliquerait par des usages nocturnes distincts de l'espace public
"Dans les zones périurbaines, les gens utilisent moins l'espace public la nuit en tant que piétons et prennent leur voiture pour se déplacer", analyse la chercheuse. "Quand la lumière est éteinte de 1h à 5h du matin, cela a peu de conséquences pour eux."
Des solutions adaptées et différenciées
Face à ces constats, Chloé Beaudet préconise une approche nuancée : "Il faut que les politiques soient différenciées spatialement en fonction de l'adhésion de la population. L'étude montre que ce doit être réalisé à une échelle infracommunale, pensé par quartier, voire au niveau de la rue."
L'extinction n'est cependant pas la seule solution pour lutter contre la pollution lumineuse. Plusieurs alternatives efficaces existent :
- Orienter la lumière vers le sol plutôt que vers le ciel
- Réduire l'intensité lumineuse, l'œil humain ne percevant pas cette baisse jusqu'à un certain seuil
- Privilégier un éclairage orangé, moins nocif pour la biodiversité que les lumières blanches ou bleutées
Un parc d'éclairage en mutation
Les données du Cerema révèlent une évolution positive du parc d'éclairage public français :
- 12 millions de points lumineux en 2023
- Taux de sources LED en nette progression : de 29,8% en 2022 à 38,9% en 2023
- Baisse continue de la puissance installée (1,05 GW fin 2023)
- Consommation moyenne de 2,42 TWh, soit 0,54% de la consommation électrique nationale
Ces améliorations techniques, conjuguées aux extinctions nocturnes de plus en plus pratiquées, ont déjà produit des effets mesurables sur la pollution lumineuse. Selon l'Office français de la biodiversité, la part du territoire hexagonal soumis à un niveau de pollution élevé à très élevé est passée de 85% en 2021 à 72% en 2023, avec un objectif de 50% d'ici 2030.
La recherche souligne également la nécessité d'impliquer davantage les acteurs privés dans cette lutte, notamment en faisant respecter la réglementation concernant l'extinction des enseignes commerciales et des vitrines une heure après la fin de l'activité.



