Le classement Numbeo 2026, publié deux fois par an, place la France en tête des pays européens pour l'indice de criminalité perçu. Cette information, largement partagée sur les réseaux sociaux, provient d'une enquête d'opinion en ligne, et non de statistiques officielles. Décryptage d'un classement controversé.
Une affirmation virale mais contestée
La nouvelle a fait le tour des réseaux sociaux, de X à Facebook en passant par TikTok : « Le classement Numbeo 2026 vient de tomber : la France affiche l'indice de criminalité le plus élevé d'Europe. » Cette affirmation, comparée par certains internautes au fameux classement Pisa, suscite un véritable festival de dépréciation hexagonale dans les commentaires. Chacun y va de son bouc émissaire : la classe politique, les immigrés, les musulmans, les socialistes, les médias, l'école, le négativisme ambiant… le tout saupoudré d'un zeste de « c'était mieux avant ».
Mais d'où viennent réellement ces chiffres ? La première chose que l'on peut lire sur ces captures d'écran, c'est qu'il s'agit d'un « niveau de criminalité perçu ». Il n'est donc pas question de statistiques en provenance des ministères de l'Intérieur ou de la Justice, mais bel et bien d'une enquête d'opinion. On ne peut toutefois balayer du revers de la main le ressenti des Français – le tout étant que l'enquête soit réalisée selon les règles de l'art, en sollicitant un panel représentatif de la population. Et c'est bien là que le bât blesse.
Des chiffres sans aucune valeur scientifique
Numbeo est un site serbe, à l'origine plutôt destiné aux gens qui souhaitent s'expatrier ou voyager : en cliquant sur un pays ou une ville, on trouve des indices relatifs au coût de la vie, aux prix de l'immobilier, aux services de santé ou à la qualité de vie… y compris la criminalité. On est donc, a priori, loin du think tank. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est la méthode de collecte des informations : un déclaratif spontané de la part… des visiteurs du site. Autrement dit, n'importe qui peut entrer les données qu'il veut, de n'importe où, à tout moment.
On comprend, dès lors, les innombrables problèmes que cela pose. D'une part, la représentativité est nulle, qu'il s'agisse de l'âge, du genre, des catégories socioprofessionnelles ou du niveau de revenus. En outre, rien ne garantit que les répondants vivent dans – ou même connaissent – le pays sur lequel ils s'expriment. Enfin, rien n'interdit à un groupe de biaiser volontairement ces données. Les militants d'un parti qui fait de l'insécurité un argument électoral, par exemple, pourraient tout à fait s'organiser pour gonfler les chiffres en leur faveur. Il en va de même pour des puissances étrangères.
Un classement récurrent depuis 2012
Depuis le lancement du classement en 2012, la France et ses grandes villes se trouvent souvent mal notées en matière de criminalité. 20 Minutes, entre autres médias, a déjà traité le sujet à de multiples reprises et, malgré cela, deux fois par an, c'est la même ritournelle : le classement Numbeo est brandi par les internautes comme preuve indubitable que la France touche le fond. On se donne rendez-vous à la parution du prochain classement ?