Alors que la deuxième vague caniculaire de l'été frappe l'Occitanie, les sans-abri de Nîmes vivent un enfer comparable à celui de l'hiver. Lundi 11 août 2025, à 17 heures, le thermomètre affiche 37°C, loin des 42°C enregistrés sous la croix verte d'une pharmacie. Météo France prévoit 38,5°C mardi et 40°C samedi, au pic de cet épisode caniculaire qui place la région en vigilance rouge-orange.
Un quotidien sous tension
Pour les 330 000 sans-abri en France, selon la Fondation Abbé Pierre, la chaleur est aussi meurtrière que le froid. À Nîmes, l'Adejo, la Croix Rouge et Le Baobab accueillent chaque jour 300 à 350 personnes. Roxanne Lovisi, conseillère à l'Adejo, souligne : « L'été, on n'y pense pas, mais ils sont toujours là, et toujours autant en difficulté. »
Maria, rencontrée sur l'avenue Feuchères, décrit un cercle vicieux : « On dit que le froid tue, c'est vrai. Mais dans les villes chaudes comme Nîmes, tu bois, tu consommes, et la chaleur aggrave tout. » Les sans-abri se rassemblent, fraternisent, mais aussi se déchirent.
Des dangers invisibles
Ahmed, venu d'Espagne pour la saison, montre son poignet cassé qui l'empêche de travailler. En attendant, il dort dans un jardin. Mohamed, ancien SDF à Lille, a vu des gens mourir de froid dans des cabines téléphoniques. Aujourd'hui logé, il reste bénévole à l'Adejo.
Roxanne Lovisi insiste : « L'été, c'est aussi dangereux que quand il fait 5°C dehors. » Les 26 places de nuit de l'association, ouvertes 24h/24, sont prises d'assaut. Les repas gratuits et les passages quotidiens ne faiblissent pas. « Ni la vulnérabilité ni la violence ne sont anesthésiées par les températures extrêmes », ajoute-t-elle.
Des témoignages poignants
Maria, 40 ans, trouve « inhumain » de vivre dehors. En été, trouver des douches et des toilettes est un défi : celles de la gare coûtent 1 euro, « alors que tu n'as pas de quoi acheter une bouteille d'eau ». Les repas sont assurés deux fois par semaine par la Croix Rouge. Les agressions pour de l'argent, du sexe ou de la nourriture ne cessent pas. « La chaleur rend les gens fous », dit Maria.
Sabrina, 38 ans, le visage tuméfié, a déposé plainte après avoir été dénudée et frappée. Grâce à une association, elle a un logement à l'hôtel, mais « c'est dur de retrouver une vie normale ». Elle se dit alcoolique. Paul, 38 ans, Polonais, est assis près des arènes. Sans RSA, il espère la générosité des passants. « C'est plus difficile en été à cause des fortes températures et des moustiques », confie-t-il.
Les violences augmentent avec la chaleur
Kevin Jean, épidémiologiste, explique que « la violence augmente avec chaque degré de température. Les troubles de santé mentale et les agressions, notamment envers les femmes, progressent. » L'isolement social est un facteur de vulnérabilité.
Pour Maria, « ce sont les événements qui nous ont amenés ici. On est de trop dans la société. » Elle comprend les regards détournés, mais s'interroge : « Comment c'est possible en France ? »



