En Belgique, les visuels de femmes voilées sont devenus monnaie courante dans les campagnes officielles : vaccination contre le Covid-19, emploi avec Actiris, canicule avec la Croix-Rouge, ou encore offres d'emploi de partis politiques. Le voile est présenté comme une représentation nécessaire de la diversité, allant au-delà des différences d'âge, de sexe ou de couleur de peau pour inclure les convictions religieuses. Pourtant, cette diversité se limite souvent à la femme voilée, sans crucifix, kippa ou turban sikh. L'objectif est de banaliser le hijab et de montrer que les femmes musulmanes voilées incarnent la liberté, comme le rappelait la campagne du Conseil de l'Europe « Beauty is in diversity as freedom is in hijab ».
Une campagne polémique
Une récente campagne de l'Institut national de santé publique Sciensano a suscité la controverse. Dans le cadre d'une enquête sur la consommation de drogue, Sciensano a utilisé douze personnages représentatifs de la diversité belge, dont une femme voilée, avec le message : « Avez-vous des expériences avec les stupéfiants ? ». L'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) et le Conseil de Coordination des Institutions Islamiques de Belgique (CIB) ont exprimé leur indignation dans un communiqué le 15 avril, arguant que l'islam interdit strictement la consommation de substances altérant les facultés mentales. Selon eux, associer une femme voilée à des comportements prohibés par sa religion est un contresens et remet en cause la rigueur scientifique de l'institut.
Une injonction paradoxale
Cette affaire met en lumière une contradiction : d'un côté, on exige de visibiliser les femmes musulmanes voilées pour les intégrer dans la diversité ; de l'autre, on leur rappelle que leur voile symbolise un engagement religieux qui les empêche d'être associées à certains comportements. Les institutions islamiques affirment qu'une femme voilée consommant de la drogue est une impossibilité scientifique, discréditant ainsi Sciensano pour avoir osé suggérer le contraire. Sciensano a retiré le visuel et justifié sa démarche inclusive, tout en reconnaissant que l'absence d'autres signes religieux a pu provoquer des réactions.
Une question fondamentale
Cette polémique soulève la question de l'égalité et de la liberté individuelle. La femme musulmane voilée ne devrait pas être réduite à sa communauté religieuse, mais être considérée comme un individu libre de ses choix, y compris celui de consommer de la drogue. La Belgique doit décider si l'appartenance religieuse doit figurer parmi les marqueurs de diversité, et pourquoi le voile musulman a le monopole de cette représentation, invisibilisant ainsi les femmes musulmanes non voilées et les autres sensibilités.



