Station d'épuration de Cagnes : un rapport accablant de Veolia
Cagnes : rapport accablant sur la station d'épuration

Le rapport annuel 2025 de l'exploitant Veolia, rendu public durant l'été 2026, dresse un bilan très critique de la station d'épuration Aeris de Cagnes-sur-Mer. Ce document, qui couvre l'année 2025, fait état de plus de 60 dysfonctionnements et de dizaines de signalements de la part de riverains se plaignant d'odeurs « nauséabondes », « chimiques », « d'excréments » ou « d'égouts ».

Des dysfonctionnements en série et des odeurs persistantes

Le rapport de Veolia, qui exploite la station traitant les effluents de Cagnes-sur-Mer, Villeneuve-Loubet, La Colle-sur-Loup et Saint-Paul-de-Vence, recense des dizaines d'appels de particuliers. Si la cause n'est pas toujours identifiée, certaines entrées du rapport donnent des précisions. Ainsi, un appel de janvier 2025 est lié à des « défauts COM sur les pompes doseuses de la désodorisation en lien avec l'incendie de l'armoire électrique de septembre 2023 ». Le 28 janvier, un « dysfonctionnement d'une sonde de détection CH4 » a enclenché un extracteur d'air de sécurité. Le 12 juin, des « dysfonctionnements ponctuels en lien avec les travaux de réhabilitation de l'armoire électrique prétraitements et traitement de l'air » sont notés. Le 26 août, la cause est la « présence de portes laissées ouvertes par un sous-traitant ». Enfin, les 4, 5 et 6 septembre, un « moussage des boues en provenance de Saint-Laurent-du-Var » est signalé.

La rubrique « les principaux faits marquants de l'année » liste plus de 60 dysfonctionnements, dont une quinzaine directement liés à l'incendie de l'armoire électrique survenu en septembre 2023. Cet incident, rendu public le 27 octobre 2025, a perturbé le fonctionnement automatique de la désodorisation pendant de longs mois. Selon Veolia, les travaux de réparation ont été terminés en septembre 2025.

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Des rejets dans la Cagne et des conséquences financières

Le rapport indique qu'en 2025, 34 579 m³ d'eau ont échappé au traitement complet et ont été rejetés directement dans la Cagne, principalement en raison de forts épisodes pluvieux ayant saturé les capacités de la station. Ce volume est inférieur à celui de 2024 (127 642 m³) mais supérieur à celui de 2023 (18 793 m³).

L'incendie de 2023 a également entraîné la signature d'un avenant au contrat d'exploitation avec Veolia le 23 janvier 2026, prolongeant celui-ci de six mois, jusqu'au 12 novembre 2026. Un appel d'offres est en cours pour la suite. Le coût total de la station, inaugurée en 2021, est estimé à 110 millions d'euros.

Les élus réclament plus de transparence

Face à ces révélations, des élus locaux montent au créneau. Philippe Touzeau-Menoni, conseiller municipal se qualifiant comme élu minoritaire et non-opposant au maire Bryan Masson, dénonce « un scandale à 110 millions d'euros pour la station d'épuration de Cagnes-sur-Mer qui dysfonctionne ». Il rappelle qu'en 2024, ce sont 18 déversements d'eaux usées non traitées qui ont été rejetés dans le milieu naturel, et qu'en 2025, les 34 579 m³ représentent « 17 piscines olympiques d'eaux usées non traitées qui ont rejoint directement la mer ». Il s'interroge sur l'absence d'informations pour 2026.

Cédric Garoyan, conseiller municipal d'opposition de gauche, souligne que « la nouvelle station d'épuration devait notamment mettre fin aux dysfonctionnements de l'ancienne et limiter fortement les déversements d'eaux usées dans le milieu naturel. Or les rapports d'exploitation font apparaître une autre réalité ». L'élu PCF insiste sur la nécessité de « comprendre pourquoi les performances réelles semblent parfois éloignées de celles annoncées » et demande que « les données soient accessibles aux Cagnois ». Il plaide pour une vérification de la chaîne d'alerte entre la station, le Symisca et la mairie en cas d'incident affectant les eaux de baignade.

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Le nouveau président du Symisca promet des explications

Bryan Masson (RN), élu maire de Cagnes-sur-Mer le 15 mars 2026 et président du Symisca depuis le 22 juin, a été contacté le 4 septembre. Il promet de la « transparence » et souhaite que « les Cagnoises et les Cagnois puissent mieux comprendre le fonctionnement de cette station ». Selon lui, « la station Aeris fonctionne et traite correctement les eaux usées » par temps sec, mais le problème survient lors de fortes pluies, qui provoquent des infiltrations d'eau pluviale et de nappes dans les canalisations. Il impute la saturation du réseau à la vétusté des canalisations, et non à la station elle-même.

Le maire annonce avoir demandé à la Métropole d'accélérer le changement des canalisations, avec 2 millions d'euros de travaux programmés pour 2027. Il reconnaît que « les réseaux d'eau ne sont pas du tout au niveau » et que la ville a été « sururbanisée sans adapter les réseaux d'eau ». Concernant les nuisances olfactives liées à l'incendie de 2023, il affirme qu'« il ne devrait plus y avoir de mauvaises odeurs », sans toutefois fournir de garantie absolue. Il écarte tout lien entre la station et la pollution récurrente des plages cagnoises, notant que des pollutions ont eu lieu par temps sec sans by-pass. Enfin, il précise que la présidence du Symisca est bénévole, sans indemnité, et qu'il a nommé un ingénieur hydraulique pour l'épauler. Le rapport de Veolia met donc en lumière des défaillances persistantes, tandis que les élus et le nouveau président du syndicat appellent à une meilleure information du public.