550.000 tonnes de plastique par an : vraie info ou intox ?
550.000 tonnes de plastique par an : info ou intox ?

« 550.000 tonnes de plastique par an dans nos océans » déversés conjointement par la Malaisie, l’Inde et les Philippines ? C’est ce qu’affirme avec aplomb un internaute sur X, dans une publication partagée plusieurs milliers de fois. Il affirme même que ces déchets jetés à la mer représenteraient « l’essentiel » de la pollution plastique marine mondiale. Mais qu’en est-il vraiment ?

Une affirmation partiellement vraie

Si les pays d’Asie figurent bel et bien parmi les plus mauvais élèves en la matière, ils ne sont qu’en partie responsables de ce plastique de plus en plus présent dans les mers et les océans. En avril 2021, une étude publiée dans la revue Science Advances avait comparé et classé les vingt pays dont la part de déchets plastiques se retrouvant dans l’océan était la plus importante. Le « pays le plus contributeur » était alors les Philippines avec 356.371 tonnes de plastique par an – soit « 8,8 % du total des déchets plastiques produits dans le pays ». Suivaient l’Inde avec 126.513 tonnes par an – soit 1,0 % du total des déchets plastiques produits dans le pays –, et la Malaisie avec 73.098 tonnes par an. Soit un total cumulé de… 555.982 tonnes par an.

Un chiffre très proche de celui avancé dans la publication postée sur X. Mais ce classement établi il y a cinq ans n’a jamais été mis à jour depuis à ce niveau de détail. La plupart des sources fiables et officielles – telles que l’OCDE ou l’ONU – lui ont préféré par la suite un classement par continent de la pollution plastique globale, dans lequel l’Asie arrive systématiquement en tête, la Chine étant le principal pays mentionné.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les fleuves, « plus forte pollution plastique d’Asie »

Si les pays d’Asie sont si souvent pointés du doigt lorsqu’il est question de pollution plastique, c’est surtout parce que « c’est une région du monde, en particulier l’Asie du sud-est, qui a une utilisation importante du plastique dans la vie courante. En particulier les emballages et les textiles, deux usages de courte durée », explique à 20 Minutes Xavier Cousin, chercheur en biodiversité marine à l’Inrae et ingénieur agronome.

« Les fleuves présentant la plus forte pollution plastique se trouvent en Asie, ainsi que, par voie de conséquence, les littoraux les plus pollués », précise de son côté Dorothée Moisan, journaliste et autrice du livre Les Plastiqueurs (Ed. Kero, chez Calmann-Lévy, mars 2021). Rien qu’en 2020, 1,4 million de tonnes de plastique ont été déversées dans l’océan par les rivières, alertait notamment l’OCDE en 2025. « Sans mesures politiques supplémentaires pour atténuer la pollution plastique, ce volume devrait plus que doubler, pour atteindre 3,6 millions de tonnes d’ici 2060 », assure l’organisme.

L’Occident « vide ses poubelles plastiques en Asie »

Pourtant, beaucoup de déchets plastiques rejetés par certains de ces pays n’émanent pas nécessairement de leurs habitants, mais de… l’Occident et du Japon. « Certains pays d’Asie sont à la fois des exportateurs importants de produits plastiques – 111 millions de tonnes, auxquelles la Chine et les pays du sud-est asiatique contribuent à hauteur des deux tiers environ –, et des importateurs importants de déchets plastiques en provenance d’autres régions du monde. Un peu plus de 20 % de ces déchets provient par exemple du Japon », détaille Xavier Cousin. Un défi difficile à relever pour ces pays pour qui il est déjà difficile de gérer leurs propres déchets.

« Depuis une trentaine d’années, le monde occidental vide ses poubelles plastiques en Asie, sous couvert d’exportation en vue du recyclage. Mais en 2018, la Chine a dit stop. Elle avait assez de plastique chez elle à recycler. Les flux ont alors changé de direction, submergeant les pays voisins comme la Malaisie, l’Indonésie ou les Philippines, qui n’ont pas su dire non ou qui ont pensé – à tort – pouvoir en faire une opportunité commerciale », analyse pour sa part Dorothée Moisan.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

La Malaisie, principale « poubelle du monde »

Visiblement consciente de cette problématique, l’Union européenne s’est engagée en 2023, par la signature d’un accord, à interdire à partir du milieu de l’année 2026 les exportations de déchets plastiques vers des pays ne faisant pas partie de l’OCDE, qui compte aujourd’hui 38 membres.

De leurs côtés, de nombreux pays d’Asie ont pris des mesures pour limiter l’arrivée sur leur territoire des déchets plastiques provenant des pays occidentaux. En 2023, la Malaisie, furieuse d’être devenue « la poubelle du monde », a décidé de refuser les importations de déchets provenant des pays européens. Une mesure néanmoins peu respectée puisque, selon des chiffres publiés par Eurostat en octobre 2024, l’UE y a tout de même envoyé 21 % de ses déchets plastiques en 2023. Des expéditions en hausse de 35 % par rapport à 2022.