Les sargasses envahissent les Antilles : une saison record s'annonce avec 14 millions de tonnes d'algues
Sargasses aux Antilles : une saison record s'annonce

Les sargasses : une invasion toxique qui menace les Antilles

Les côtes antillaises font face à une invasion massive d'algues brunes nauséabondes connues sous le nom de sargasses. Depuis 2011, ces algues pélagiques sont charriées par les courants océaniques et s'échouent en quantités impressionnantes sur les plages de Guadeloupe et de Martinique. La saison qui s'annonce pourrait être l'une des pires jamais enregistrées, avec des volumes records détectés dans l'Atlantique tropical.

Une menace environnementale et sanitaire persistante

En séchant sur les plages, les sargasses dégagent du sulfure d'hydrogène et de l'ammoniac, des gaz toxiques à l'odeur âcre qui représentent un véritable danger pour la santé des populations locales. À Petit-Bourg, commune de Basse-Terre exposée à la Côte-au-Vent, les habitants vivent avec cette menace depuis plus d'une décennie.

« Pour l'instant, ça va encore : on a eu de premiers arrivages il y a quelques jours, mais il y a comme une accalmie », note Lucia, une commerçante de 45 ans qui tient une petite boutique donnant sur la mer. « Souvent c'est pire », estime-t-elle, expliquant qu'elle vaporise régulièrement des produits odorants pour masquer les émanations nauséabondes.

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Des dispositifs de protection coûteux et insuffisants

« Notre pire année, c'est quand même 2024 », souligne Victor Jean-Noël, conseiller technique de la ville chargé de gérer l'installation des filets de protection. Depuis plusieurs années, la municipalité déploie des filets flottants à 300 mètres des côtes, faits de flotteurs orange ou de boudins bleus, dans le cadre d'une expérimentation reliant Petit-Bourg à la commune voisine de Baie-Mahault.

Ce dispositif, retiré pendant la saison cyclonique et remis en place en début d'année, représente un investissement de deux millions d'euros financés par l'État et des fonds européens. « Nous avons encore au moins 4 km de filets à installer pour protéger les autres parties du bourg en souffrance », explique Victor Jean-Noël avec découragement, ajoutant : « Et on nous annonce une nouvelle année terrible ! »

Échouages massifs et perturbations majeures

Depuis la fin du mois de mars, de nombreuses communes de Guadeloupe signalent des échouages massifs. Météo France a émis plusieurs prévisions d'échouement « fort à très fort » ces dernières semaines. La situation a même conduit à bloquer temporairement le port de La Désirade, petite île touristique du nord-est de l'archipel, interrompant les rotations avec Grande-Terre.

En Martinique, la situation est particulièrement préoccupante avec des prévisions d'échouements classés « très fort » au niveau rouge pour les quatre prochains jours. Le dernier bulletin de Météo France précise : « Les radeaux de sargasses en transit au large demeurent considérables. Les conditions hydrodynamiques et atmosphériques actuelles ne laissent pas présager d'accalmie dans les deux prochaines semaines. Des vagues d'échouements continus et répétés sont à anticiper sur l'ensemble des côtes. »

Une prolifération alarmante dans l'Atlantique

Tous les instituts de surveillance français, caribéens et américains constatent une prolifération inquiétante des algues dans l'océan Atlantique. Les chercheurs estiment qu'environ 14 millions de tonnes de sargasses flottent actuellement dans l'Atlantique, ce qui représenterait près de 0,4 % de la surface de l'océan.

Le bulletin mensuel de l'université du Sud de la Floride alerte : « L'année 2026 s'annonce comme une nouvelle année majeure en matière de sargasses [...] voire record à l'été 2026. » Les volumes devraient encore augmenter, notamment dans l'Atlantique tropical et à l'ouest des Antilles avec l'avancée de la saison.

Des plans gouvernementaux aux résultats mitigés

Pour faire face à cette crise environnementale, un troisième Plan sargasses avait été annoncé en mai 2025 par le gouvernement français. Cependant, les résultats restent limités. Un rapport commandé par la Direction générale des outre-mer à l'été 2025 révèle que seules 10 des 26 mesures annoncées ont été mises en place.

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Les auteurs du rapport notent notamment que « les impacts économiques et sociaux ont été insuffisamment pris en compte » et que « la dimension sanitaire était largement absente ». Si le suivi satellite et la compréhension du comportement des radeaux d'algues en mer progressent, les connaissances sur l'impact sanitaire et les moyens de valoriser les algues restent lacunaires.

Victor Jean-Noël rappelle la stratégie locale : « Nous, on ne relargue pas en mer, on stocke à des visées d'épandages » sur une plage proche. Un site expérimental de stockage devrait voir le jour en Guadeloupe, mais la question de la gestion durable des sargasses reste entière alors que le phénomène s'intensifie d'année en année.