Une dauphine sédentarisée dans la baie basque
Depuis plus de six mois, une dauphine a élu domicile dans la baie de Saint-Jean-de-Luz-Ciboure, créant une attraction permanente qui suscite à la fois émerveillement et inquiétudes. L'animal, identifié comme une femelle Grand dauphin d'environ 2 mètres pour 200 à 250 kg, âgée de 5 à 8 ans, semble avoir été exclue de son groupe d'origine selon les observations scientifiques.
Un comportement exceptionnellement sociable
Contrairement à ses congénères habituellement plus réservés, cette dauphine recherche activement le contact humain. Pascale Fossecave, océanographe et correspondante locale du réseau échouage rattaché à l'observatoire Pélagis de La Rochelle, souligne cette particularité : « Elle n'est pas farouche. Pakito, qui est resté des années dans la baie de Donosti, gardait toujours des distances avec les êtres humains. Elle, elle cherche le contact ».
Les dérives du tourisme estival
Avec l'arrivée des beaux jours et la médiatisation croissante du phénomène, la situation devient préoccupante. Des touristes venus de Bordeaux, Toulouse ou Perpignan se pressent pour observer la dauphine, certains adoptant des comportements dangereux :
- Tentatives de mettre des enfants sur son dos
- Personnes s'accrochant à son aileron pour se faire tracter
- Nourrissage inapproprié de l'animal
Pascale Fossecave alerte sur les risques : « Des maladies peuvent se transmettre de dauphins à humains, et inversement. L'animal peut aussi blesser, malgré lui, sur un geste défensif ou d'agacement ».
La réponse municipale : prévention et répression
Face à ces dérives et en prévision de l'afflux estival, la municipalité de Saint-Jean-de-Luz prépare des mesures. Le maire Jean-François Irigoyen, qui s'est attaché à l'animal comme beaucoup de Luziens, engage sa responsabilité en cas d'accident dans la bande des 300 mètres où évolue la dauphine.
Un dispositif à deux volets
La prévention constitue le premier axe d'action avec des communications sur les bonnes pratiques et l'installation de panneaux d'information. Mais la municipalité ne s'arrête pas là : « On va faire son pendant au niveau municipal » annonce Pascale Fossecave, faisant référence à l'arrêté ministériel de 2021 qui liste les interdictions concernant les mammifères marins.
Cet arrêté municipal, qui sera signé dans les prochains jours, sera assorti de sanctions financières inférieures aux 750 euros prévus par l'arrêté national. La police municipale devra faire appliquer ces mesures parmi les milliers d'estivants attendus cet été.
Les limites de l'intervention humaine
Malgré ces mesures, le sort de la dauphine reste incertain. Espèce protégée, elle ne peut être manipulée ni capturée tant qu'elle n'est pas en détresse. Pascale Fossecave explique : « On pourrait essayer de l'orienter, gentiment. Mais sans aucune garantie de résultat. Si elle n'a pas décidé de sortir, elle ne suivra pas ».
Une relation complexe entre l'animal et les humains
La dauphine, qui n'a pas reçu de nom pour éviter l'anthropomorphisme, semble avoir développé une dépendance aux interactions humaines. Récemment, elle a presque interrompu la traversée de la baie d'un nageur régulier, Christophe Clemente, comme pour attirer son attention.
Pascale Fossecave analyse ce comportement : « Je pense que cette interaction avec les gens a rempli un vide », suggérant que le rejet par son groupe d'origine aurait pu être compensé par ces contacts humains.
Les règles à respecter impérativement
Dans une aire marine protégée comme la baie de Saint-Jean-de-Luz :
- Il est interdit de s'approcher à moins de 100 mètres d'un mammifère marin
- Le toucher et le nourrissage sont strictement prohibés
- Si l'animal vient spontanément, il faut rester passif : « Je le regarde, je me dis que j'ai de la chance, mais je ne fais rien, je ne suis pas actif dans l'interaction »
La situation actuelle illustre la difficulté de concilier protection animale et attraction touristique, alors que la dauphine continue de paradiser dans la baie, sans montrer de signe de départ imminent.



