Le nouveau président de la Métropole de Bordeaux a pris ses fonctions, et avec lui, un changement de cap radical pour un projet emblématique de la précédente mandature. Le chantier du futur boulevard Parkway, long de 2,5 kilomètres entre le pont Chaban et le quai des Queyries, a été brutalement interrompu. « Vous savez qu’ils ont fait stopper brutalement le chantier du boulevard entre le pont Chaban et le quai des Queyries ? », s’est inquiété un élu écologiste le jour de l’installation du nouveau président.
Un projet phare remis en question
Ce boulevard végétalisé, dominé par les déplacements doux, devait relier les nouveaux quartiers Bastide-Niel et Brazza. Il s’inscrivait dans la continuité de la contre-allée expérimentée entre la Banque populaire et le jardin botanique. Pour l’opposition écologiste, cet arrêt est la preuve d’une « absence d’ambitions fortes en matière de mobilités du quotidien » et révèle le profil « pro-bagnoles » de la nouvelle majorité menée par le président Cazenave.
Le projet, estimé à 18 millions d’euros, n’est pas définitivement abandonné mais soumis à un « réexamen » comme tous les grands projets métropolitains. Alexandra Siarri, première adjointe au maire de Bordeaux chargée de l’urbanisme, explique : « Nous sommes attentifs à tous les dossiers présentés : certains allaient de soi pour l’ancienne majorité, mais ils ne vont plus de soi. Et notamment tous les projets qui supposaient une suppression massive du stationnement. »
Priorités redéfinies
La nouvelle majorité s’inquiète des conditions d’accès des habitants aux nouveaux quartiers et de leur capacité à se garer, comme le font remarquer les résidents du Belvédère. Elle estime que la piste cyclable existante est suffisante et que le projet mérite d’être « mieux réfléchi ». « On challenge les priorités », insiste Alexandra Siarri, revendiquant le droit de « faire des choix différents, conformes à nos promesses de campagne ».
En attendant une version révisée, l’axe reste dans un état dégradé, avec une chaussée défoncée où circulent vélos, joggeurs et piétons. Le projet initial prévoyait une double voie cyclable en site propre côté Garonne, une allée piétonne, deux voies de circulation (bus et voitures) et un trottoir côté quartiers, dans le cadre du réseau ReVE.
Un débat idéologique
Didier Jeanjean, ex-adjoint en charge de la nature en ville et des quartiers apaisés, défend le projet : « Questionner un projet, c’est normal, toute nouvelle équipe le fait, mais je ne crois pas à sa remise en cause. Il faut avoir pris au moins une fois dans sa vie la piste cyclable devant les Grands moulins pour constater qu’on n’y est absolument pas en sécurité. » Il considère que repenser l’aménagement à l’aune de la place de l’auto est idéologique et que le vélo doit être vu comme un outil de mobilité, pas un simple loisir.
L’ex-adjoint rappelle les études de l’A’Urba et des services métropolitains, ainsi que le concept urbanistique de Brazza et Bastide-Niel, qui prévoit des parkings en silos pour libérer l’espace public. « Le boulevard ne peut pas être le parking de ces quartiers ! C’est terminé, les années Pompidou ou Chaban. La voiture n’est pas constitutive de l’espace public. »
Un avenir incertain
Didier Jeanjean reste confiant : « Je ne doute pas que la bonne décision sera prise. » La réponse est attendue dans les prochaines semaines. En attendant, le quai de Brazza reste marqué par une chaussée abîmée et une piste cyclable dangereuse, symbole des tensions entre mobilités douces et place de la voiture dans la métropole bordelaise.



