Investir dans la forêt : un placement patrimonial durable aux atouts fiscaux
Investir dans la forêt : atouts et contraintes du placement

Investir dans la forêt : un placement patrimonial durable aux atouts fiscaux

L'investissement forestier est loin d'être confidentiel en France. Les trois quarts des 17 millions d'hectares d'espaces forestiers appartiennent à des propriétaires privés, ce qui laisse une grande marge de manœuvre aux particuliers intéressés, comme l'explique Jean-Philippe Martin, directeur général de Fiducial Gérance.

Deux voies d'investissement distinctes

Deux grandes options s'offrent aux investisseurs souhaitant placer leur argent dans la forêt :

  • L'investissement direct : l'achat d'une parcelle forestière de quelques hectares qui offre un contrôle total, mais qui demande des compétences techniques, du temps et un capital conséquent.
  • L'investissement indirect : via l'achat de parts de groupements fonciers forestiers et d'investissement (GFF, GFI) qui permet d'accéder à ce marché avec des montants plus faibles, une gestion déléguée et une mutualisation des risques.

Pour de nombreux investisseurs, la seconde solution est plus accessible – à partir de 1 000 euros – et plus adaptée, notamment pour une première approche du secteur forestier.

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Des avantages fiscaux attractifs…

Le placement « forêt » repose sur une ressource physique – le bois – et cette dimension matérielle rassure de nombreux investisseurs, particulièrement dans des périodes marquées par la volatilité des marchés financiers. La forêt bénéficie également d'une certaine stabilité économique, le foncier forestier étant historiquement peu sujet aux variations brutales de prix. Sa valeur évolue lentement, mais de manière relativement régulière, ce qui en fait un actif de long terme, davantage orienté vers la conservation du capital que vers la spéculation.

« Mais l'intérêt ne se limite pas aux aspects financiers, précise Martial Renaud, directeur de Barnes Centre, Sologne et Val de Loire. La forêt produit, protège et se transmet, répondant pleinement aux attentes des investisseurs sensibles aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

Ces critères ESG séduisent les investisseurs en quête de placements responsables :

  1. Environnemental : la forêt stocke du carbone, régule le climat, préserve la biodiversité et lutte contre l'artificialisation des sols.
  2. Social : elle participe à l'emploi rural, à la gestion des territoires, et au tissu économique local.
  3. Gouvernance : sa gestion s'inscrit dans des cadres réglementaires stricts.

L'investissement forestier bénéficie en France d'un cadre fiscal particulièrement favorable. L'acquisition de forêts ou de parts de GFF/GFI offre :

  • Une réduction d'impôt sur le revenu
  • Une exonération totale ou partielle – 75 % – de l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) sous certaines conditions
  • Des facilités de transmission avec des abattements importants dans le cadre des successions et donations

Si toutes les conditions sont respectées, les droits de succession sont réduits de 75 %. Ces avantages font de la forêt un outil patrimonial attractif, notamment pour l'optimisation fiscale et la transmission intergénérationnelle.

… mais des contraintes à ne pas négliger

Malgré ses atouts, l'investissement forestier comporte aussi des limites importantes. La forêt n'est pas un actif facilement revendable : le marché est étroit, les délais de vente peuvent être longs, et les acheteurs potentiels pas toujours nombreux. Il s'agit donc d'un placement peu « liquide », à envisager sur une durée longue.

Le placement est aussi exposé aux événements naturels : tempêtes, incendies, maladies, parasites, sécheresses. Même si ces risques peuvent être partiellement couverts par des assurances, ils ne peuvent jamais être éliminés complètement.

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Être propriétaire forestier implique également des obligations réglementaires. « Il faut réaliser un plan de gestion durable sur 30 ans, conditionnant l'accès aux avantages fiscaux, note Eric Pompon, directeur immobilier de Meeschaert Gestion Privée. Respect des réglementations, entretien, exploitation raisonnée avec coupes de bois à vendre et replantations, location à des chasseurs… la gestion peut rapidement devenir complexe et certaines familles ne souhaitent pas s'en occuper. »

Un accompagnement professionnel ou l'achat de parts de GFF/GFI gérées par des experts du secteur est alors à privilégier pour ceux qui ne souhaitent pas gérer directement leur investissement forestier.

Une rentabilité modérée mais réelle

La rentabilité de l'investissement forestier provient principalement de deux sources :

  • La valorisation du foncier, liée à l'augmentation progressive de la valeur des terrains forestiers
  • L'exploitation du bois, par la vente de coupes forestières (bois d'œuvre, bois d'industrie, bois énergie)

« Certaines régions sont plus porteuses que d'autres, note Jean-Philippe Martin. Le nord de la Loire est, par exemple, globalement davantage valorisé que le sud. La quantité et la qualité du bois jouent aussi ; le nombre de m3 de bois exploitable comptant même pour 75 % de la valeur globale du massif forestier. »

L'investissement forestier n'est pas un placement à haut rendement. En moyenne, le rendement annuel est souvent compris entre 1 et 4 %, pour des prix oscillant (sauf exceptions) entre 8 000 et 15 000 € l'hectare. Il pourrait toutefois s'accroître dans les années à venir.

« Les besoins mondiaux en bois augmentent. L'utilisation de plus en plus appréciée de bois dans la construction et l'importance grandissante des crédits carbone et biodiversité laissent présager un avenir prometteur », note Jonathan Dhiver, fondateur de Meilleur-GF.com.

Dans une allocation patrimoniale, la forêt joue un rôle de stabilisateur, amortissant les chocs économiques et réduisant l'exposition globale aux cycles financiers. « Entre 2014 et 2023, indique Martial Renaud, la valorisation des forêts françaises a grimpé de 30 %, soit une moyenne annuelle de 3,6 %. Même en 2020, au plus fort de la crise sanitaire, ou en 2022, au cœur des turbulences inflationnistes, la forêt a continué de s'apprécier régulièrement. En comparaison, le CAC 40 a connu plusieurs corrections brutales sur la même période. »