Var : le gigantisme des centrales solaires dénoncé
Var : le gigantisme des centrales solaires dénoncé

Le plus grand projet de parc photovoltaïque du Var, porté par Boralex entre Vins-sur-Caramy et Cabasse, est actuellement soumis à enquête publique. Les associations dénoncent « le gigantisme » de l'installation, qui nécessiterait le défrichement de 98 hectares de forêt, et s'inquiètent de l'impact sur des milieux naturels qualifiés de « richesse ».

Un projet emblématique par son gigantisme

Le site concerné, un plateau boisé des Outoulières, est décrit par Marie Véroda, vice-présidente du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA), comme une « nature préservée, avec des habitats typiques méditerranéens ». Les taillis de chênes y côtoient une « zone plus désertique fréquentée par des reptiles et des rapaces ». Selon elle, « ce sera le plus grand du Var et l'un des plus grands dans la région ».

Boralex, qui porte le projet, plaide que le site est « déjà anthropisé », en référence aux vestiges d'un site d'essai avorté de Michelin. Les services de l'État nuancent : selon l'avis de la DDTM dans l'enquête publique, « seule une dizaine d'hectares du site est aujourd'hui anthropisée, sur un projet impactant au total 178 ha de forêt, dans sa version d'octobre 2024 ». La demande de défrichement actuelle porte sur 98 hectares, avec une demande de dérogation pour 62 espèces sauvages, dont 23 espèces d'oiseaux et 16 de chauve-souris.

Des avis défavorables mais consultatifs

En 2024, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a émis un avis défavorable, critiquant la « non compensabilité d'une forêt ancienne » datant de 1850, des inventaires écologiques incomplets et une mauvaise prise en compte des impacts réels. Le CNPN juge « le défrichement important d'une forêt, jouant un rôle de réservoir de carbone, peu compatible avec le déploiement des énergies renouvelables ». L'autorité environnementale régionale (MRAE) estime que « les enjeux écologiques sont particulièrement forts » et que le choix d'implantation « n'est pas justifié ». Ces avis restent consultatifs.

« On modifie profondément les sols, pas seulement là où il y a le parc, mais aussi autour avec les obligations de débroussaillage, les zones techniques et de raccordement [à 5 km de distance, à travers la forêt] », ajoute Marie Véroda. « On voit que monter de gigantesques usines électriques en milieu naturel est facile, car on n'accorde pas sa vraie valeur à la forêt. »

Un phénomène massif mais peu documenté

Selon Alexandre Telliez-Moreni, membre fondateur du collectif Les Échographes, « un village sur trois dans le Var est équipé d'un parc, ou bien a un projet en cours ». Il déplore que les services de l'État détiennent ces données, mais qu'elles ne soient « ni accessibles au grand public, ni présentées dans leur ensemble ». Le collectif, qui croise géographie, art et territoire, a produit une cartographie pour « documenter l'avancement du photovoltaïque et dépasser le cas par cas ». Pour Telliez-Moreni, la « prédation exercée sur les milieux naturels » par le photovoltaïque est « majeure et peu débattue », et « cet émiettement » dans l'arrière-pays « permet d'éviter le débat ».

La plasticienne Lena Durr documente photographiquement « ces activités qu'on déplace en dehors des villes » : « Dans l'arrière-pays, je vois des choses bizarres, cachées. Projets industriels, décharges, carrières, stand de tir… et centrales solaires. » Ses images montrent « ces arbres coupés, la terre retournée, et soudain comme une mer, un lac de couleur noir bleu foncé ».

Pour les opposants, des alternatives existent : « Aujourd'hui, pour implanter des panneaux, on n'a pas besoin de forêt. Il y a les espaces urbanisés, les toitures, les friches industrielles », insiste Alexandre Telliez-Moreni. L'enquête publique, qui se poursuit, offre aux citoyens l'occasion de s'exprimer, mais l'issue reste incertaine face à un projet jugé stratégique pour la production d'énergie renouvelable.