Le longicorne tigre, insecte ravageur originaire de Chine, a colonisé 244 communes d'Occitanie, selon la Draaf. Face à cette invasion, un traitement expérimental par injection dans les troncs, autorisé à titre dérogatoire, commence cette semaine. Les premiers chantiers sont menés par la société Viagreen, basée à Narbonne, qui a obtenu un agrément de 120 jours.
Une invasion progressive depuis 2018
Le longicorne tigre (Xylotrechus chinensis) a été repéré pour la première fois dans la région fin 2018 à Sète, "via la zone portuaire", explique Martin Strugarek, chef de l'unité santé des végétaux à la direction régionale de l'agriculture et de la forêt (Draaf) d'Occitanie. Depuis, l'insecte gagne du terrain au rythme de "trois à cinq kilomètres par an". Les dégâts sont "massifs", essentiellement dans l'Hérault, mais aussi dans le Gard, où il est arrivé au Rhône. "Il n'y a pas de raison qu'il s'arrête là. L'invasion va progresser", prévient-il.
La carte interactive de la Draaf montre que 244 communes sont infestées, en majeure partie dans l'Hérault, et à la marge dans l'est de l'Aude et l'ouest du Gard. La Gironde est également exposée, mais dans une moindre mesure. L'insecte cible quasi exclusivement les mûriers platanes, avec seulement deux signalements sur des mûriers à papier. En Grèce, d'autres espèces de mûriers sont touchées.
Des dégâts visibles et une mortalité en deux à trois ans
Les larves du longicorne tigre creusent des galeries dans les troncs, provoquant "coulées de sève, dépérissement et nécroses, trous de sortie, décollement d'écorce", décrit le Fredon, réseau de surveillance des végétaux. "Il faut plusieurs mois pour que les dégâts soient visibles, et deux à trois ans pour que l'arbre meure", précise Martin Strugarek. Les adultes, de 15 à 25 millimètres, ont des faux airs de guêpe et pondent leurs œufs dans l'écorce. "Il peut y avoir des dizaines, des centaines de trous dans un arbre", ajoute-t-il.
Corinne Durand, habitante de Murviel-lès-Montpellier, a vécu cette réalité à l'été 2025. "Il y avait comme un bruit de scie permanent", se souvient-elle. Elle a dû faire couper le tronc au ras du sol. "J'en ai presque pleuré, on y tenait beaucoup à cet arbre", confie-t-elle. Depuis, elle espère que l'arbre renaisse : "Il fait des rejets !"
Un traitement expérimental par injections
L'arrêté du 10 septembre 2026 autorise le recours à un traitement fourni par Syngenta, appliqué par injections dans le tronc. "C'est un insecticide qui ne doit pas être utilisé en principe, mais qui bénéficie d'une dérogation", explique Martin Strugarek. Le produit, toxique pour les pollinisateurs, impose de supprimer les fleurs du jardin pendant l'année qui suit le traitement. Ce même produit est déjà utilisé contre le charançon rouge du palmier. "Malheureusement, on a très peu de retours. Il a été autorisé en Grèce en 2025, et il faudra quelques années pour savoir si c'est efficace", reconnaît-il. L'injection protège l'arbre pendant deux ans.
Benjamin Granel, gérant de la société Viagreen à Narbonne, agréée pour traiter, lance ses premiers chantiers cette semaine. "On tâtonne", admet-il. L'agrément de 120 jours s'arrête avant la période la plus froide de l'année. "Il faut traiter avant la période hivernale", explique-t-il. L'an dernier, son entreprise a traité une quarantaine d'arbres témoins à Agde. "On va les couper cette année pour voir si des larves sont encore présentes dans les troncs", précise-t-il. Les pouvoirs publics ont mandaté un laboratoire indépendant pour établir le bilan, et tous les chantiers sont signalés à la Draaf pour assurer une traçabilité.
Gilles Garampon, responsable du marché des biocides pour le sud-est chez Syngenta, confirme que la situation est "compliquée" : "À Agde, c'était une hécatombe, ça fait mal". Le produit sélectionné pourrait être utilisé en agriculture biologique, mais reste un produit chimique : "Pour tuer un insecte, il faut un toxique", rappelle-t-il.
Que faire en cas d'arbre touché ?
Pour les arbres non traités, un rapport de l'Anses de 2024 conseillait le broyage ou l'incinération. L'arrêté du 10 septembre précise qu'il faut éviter de transporter le bois tant que des adultes peuvent en sortir, c'est-à-dire en été, avec des observations possibles jusqu'en septembre. Les signalements ne sont nécessaires que si l'on habite en dehors de la zone d'infestation connue, ou si d'autres arbres que le mûrier platane sont touchés. Cette année, la Draaf a reçu environ 200 signalements.
Benjamin Granel met en garde contre les remèdes maison comme le Xylophène : "C'est la mort assurée de l'arbre, même si à court terme, on peut avoir l'impression d'une petite amélioration ! On voit n'importe quoi sur les réseaux sociaux. Le Xylophène contient un solvant, et ce solvant, c'est du pétrole." Les particuliers et communes concernés multiplient les alertes sur les réseaux sociaux, comme cette Biterroise : "Mon mûrier platane s'est fait envahir cette année. On a commencé à entendre comme du grignotage, puis j'ai découvert des trous bien circulaires, en deux mois, mon mûrier a comme séché, je suis dégoûtée."