Ce mercredi 7 octobre, Jean-Marc Jancovici, ingénieur et cofondateur du Shift Project, a ouvert sa conférence par un extrait de l’appel du 18 juin 1940, un clin d’œil apprécié dans une ville qui abrite le porte-avions Charles-de-Gaulle. Invité comme « grand témoin » des Rencontres stratégiques de la Méditerranée (RSMed 2026), il a livré un message sans détour : la production de pétrole, de gaz et de charbon a déjà commencé à décliner, et le monde doit s’y préparer.
Une décrue fossile inéluctable
« Le pic de production, du moins en Europe, est passé depuis la fin des années 2000. La décrue fossile a déjà commencé », a affirmé Jean-Marc Jancovici, ajoutant que « cette décrue n’est pas le résultat d’une politique climatique. On a juste vidé le placard ». Selon lui, cette baisse n’est pas le fruit d’une volonté politique, mais d’une réalité physique : les ressources s’épuisent.
Pour illustrer son propos, il s’est appuyé sur une étude réalisée par le Shift Project pour la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS), rattachée au ministère des Armées. « Si l’on prend les 16 premiers fournisseurs de pétrole de l’Europe, leur production sera divisée par deux d’ici à 2050 », a-t-il assuré. Cette baisse de production se traduira inévitablement par une réduction des exportations, ce qui affectera directement l’économie et les armées.
Des conséquences pour l’économie et l’armée
« Personne n’est prêt, mais le monde militaire, comme le reste de la société, va devoir faire avec moins de pétrole et moins de gaz », a prévenu l’ingénieur. Il a également souligné que « le camion est le globule rouge de l’économie », une métaphore pour rappeler que les transports dépendent massivement des énergies fossiles.
Interrogé sur les alternatives comme les énergies renouvelables ou le nucléaire, Jean-Marc Jancovici a été catégorique : « Quand on voit l’espace que les énergies renouvelables occupent, comparées aux énergies fossiles, on ne remplacera pas du un pour un. Et puis, on ne sait pas fabriquer d’éolienne, de panneau solaire ou de réacteur nucléaire sans énergie fossile. On reste tributaire du transport international. Il va falloir changer nos habitudes. »
Le changement climatique s’ajoute à la décrue
Au déclin des énergies fossiles s’ajoute le changement climatique, déjà à l’œuvre. « Ce qu’on a vécu l’été dernier va devenir la norme. Les épisodes pluvieux intenses vont se multiplier. Les ouragans vont s’intensifier. Dans la bande équatoriale, les températures humides dépasseront les 35 °C plus d’un jour sur deux. La sécheresse des sols va augmenter, notamment sur le pourtour méditerranéen, avec des effets négatifs sur les productions agricoles », a énuméré Jean-Marc Jancovici.
Il a aussi évoqué des conséquences moins connues, comme l’impact de la sécheresse sur le canal de Panama. « Victime de sécheresses à répétition, le lac Gatun, qui alimente les écluses du canal, oblige l’autorité du canal à réduire le nombre d’éclusages. Or 6 % du commerce maritime mondial transitent par le canal de Panama », a-t-il fait remarquer. Enfin, il a alerté sur un phénomène inattendu : « La taille des grêlons augmente avec le changement climatique ». S’adressant aux militaires présents dans l’amphithéâtre, il a lancé : « Je ne sais pas à quelle taille de grêlon peuvent résister les abris de protection des avions de chasse ou les hangars des A400M, mais des boules de pétanque qui tombent du ciel, ça fait mal. »