L'économie circulaire révolutionne le secteur du bâtiment en Gironde
Le secteur de la construction représente l'un des plus gros producteurs de déchets en France, mais pour Oriane Hommet, cheffe de projet en économie circulaire au sein du Grand Projet des Villes (GPV) Rive droite, les matériaux de demain sont déjà sous nos yeux. Son rôle consiste à accompagner les transitions vers des pratiques plus durables dans un domaine traditionnellement très gourmand en matières premières.
Du changement de comportement à la transformation du bâtiment
Oriane Hommet travaillait initialement sur les questions de changement de comportement dans le domaine des mobilités avant d'intégrer le GPV Rive droite. Depuis un an et demi, elle a rejoint le secteur de la construction en tant que cheffe de projet économie circulaire sur les 18 chantiers du GPV Rive droite, qui couvrent les communes de Lormont, Bassens et Cenon en Gironde. Elle y promeut activement de nouvelles pratiques dans ce secteur particulièrement vorace en ressources naturelles.
Le GPV est un groupement d'intérêt public créé en 2001 qui fonctionne à la fois comme une agence de conseil et un audit opérationnel. Son objectif principal est d'améliorer le cadre de vie des habitants à travers plusieurs thématiques cruciales comme l'emploi, l'insertion, l'entrepreneuriat, l'économie sociale et solidaire, l'urbanisme et, de manière significative, la préservation des ressources dans le bâtiment.
Cinq axes majeurs pour transformer les pratiques
Le GPV développe plusieurs grands axes de réflexion autour de la problématique des déchets dans la construction, dont voici les cinq principaux :
1. Réemploi, réutilisation, recyclage : une hiérarchie essentielle
Toute rénovation ou construction génère d'importants gisements de déchets. Pour les éviter ou du moins les limiter substantiellement, trois solutions complémentaires existent. Le réemploi intervient lorsque les matériaux sont réinstallés tels quels sans transformation et sans détournement de leur usage initial, comme des tuiles déposées puis reposées sur un autre bâtiment. La réutilisation implique quant à elle de retravailler la matière en vue d'un nouvel usage spécifique : une poutre pourra ainsi devenir un bardage en bois, par exemple. Enfin, le recyclage transforme la matière pour en faire quelque chose de totalement différent.
« Il existe différents niveaux de recyclage selon qu'on limite l'intrant de nouvelles matières ou les émissions de carbone, ce qui rend cette notion parfois difficile à définir avec précision », précise Oriane Hommet avec nuance.
2. De la démolition à la déconstruction : un changement de paradigme
En octobre 2024, lors de la déconstruction du Clos des Vergnes à Floirac en Gironde, 900 m² de tuiles ont été soigneusement sauvées et réinstallées sur d'autres bâtiments. Cette résidence de 17 logements, située sur la rive droite de Bordeaux, a été entièrement déconstruite plutôt que démolie, permettant d'extraire 74 tonnes de matériaux pour réemploi immédiat : dalles de béton, sanitaires, charpente, portes et l'impressionnante surface de tuiles.
Les éléments de toiture ont été récupérés par le bailleur Aquitanis et par la coopérative d'artisans Coop & Bat pour son siège à Bassens, situé à seulement 9 kilomètres du chantier d'origine. Le bâtiment de Coop & Bat a d'ailleurs été construit et aménagé en majeure partie avec des matériaux de seconde main : charpente, radiateurs, sanitaires, persiennes, moquettes, garde-corps et même du mobilier provenant de la célèbre librairie Mollat.
3. La terre : une ressource sous-estimée à valoriser urgemment
« 60 % des matériaux d'une construction, c'est de la terre. Pour les fondations, on en excave des tonnes et des tonnes, qui partent ensuite en grande partie en enfouissement », se désole Oriane Hommet. Sur le chantier de la trémie Benauge, entre Floirac et Bordeaux, on expérimente actuellement la transformation de 500 tonnes d'argile (sur les 20 000 tonnes produites par les travaux) en briques de terre crue grâce à la briqueterie des Dubourg, située dans le sud de la Gironde.
Ce projet innovant doit servir à la construction de logements locatifs sociaux à Lormont, ville toute proche, afin de limiter également l'empreinte carbone du projet. « La terre qui est sous nos pieds constitue une ressource véritablement fabuleuse. Depuis 1945, en France, on a extrait l'équivalent de 20 montagnes, uniquement pour l'excavation. Nous nous intéressons à la manière dont cette terre peut être transformée pour servir à la construction. Innover, c'est souvent réutiliser une ressource qui est déjà là », insiste avec conviction la cheffe de projet.
4. Les bétons en granulats recyclés : une innovation prometteuse
Le bureau d'études Neo-Eco travaille activement sur les meilleurs moyens de déconstruire le béton afin de le recycler efficacement. Traditionnellement, le béton issu de déconstructions est simplement concassé et utilisé en sous-couche de voirie. L'innovation consiste ici à le réintégrer sous forme de granulats dans un nouveau mélange pour recréer un béton neuf.
Cette approche permettrait d'éviter l'extraction de nouvelle matière première et de réduire le bilan carbone de 20 % à 50 % par rapport à un béton classique. Cette innovation, actuellement en cours de développement par les acteurs locaux (Cemex, Heidelberg Materials, Lafarge, Edycem), s'affiche au même prix que le béton traditionnel, ce qui constitue un argument économique majeur pour son adoption.
5. Changer les habitudes : un défi culturel et réglementaire
Si les chantiers suivis par Neo-Eco et le GPV Rive droite atteignent jusqu'à 90 % de valorisation de matière – hors déchets dangereux –, le pourcentage reste quasi inexistant au niveau national : on ne compte actuellement que 1 % de réemploi dans le bâtiment en France. Pour convaincre les professionnels à s'engager dans cette voie, Oriane Hommet mise sur la sensibilisation du public concerné, car « il n'y a pour l'instant pas d'obligation réglementaire s'agissant des matériaux de construction », précise-t-elle avec réalisme.
Seuls les éléments de mobiliers et les bâtiments modulaires ou préfabriqués sont soumis à des pourcentages de réemploi ou d'intégration de matières recyclées, selon un arrêté de février 2024. En attendant une réglementation plus complète, le GPV multiplie les interventions, les visites de chantiers et les démonstrations pratiques où se rencontrent les maîtres d'ouvrage volontaires pour changer leurs pratiques mais qui ne savent pas toujours comment s'y prendre concrètement. Oriane Hommet espère profondément que « ces petits coups de pouce créeront l'étincelle » nécessaire à une transformation plus large du secteur.



