Le biais du statu quo, un biais cognitif qui nous pousse à favoriser l'état actuel des choses et à résister au changement, a été formellement théorisé et baptisé en 1988 par deux économistes américains, William Samuelson et Richard Zeckhauser. Depuis, leurs expériences ont été répliquées et complétées par d'autres chercheurs, confirmant l'existence de ce phénomène qui intéresse à la fois la psychologie et l'économie.
Un biais cognitif aux conséquences économiques
Ce biais cognitif, c'est-à-dire une erreur de jugement, pousse la plupart d'entre nous à favoriser l'état actuel des choses et à résister au changement. Autrement dit, même un changement bénéfique peut faire l'objet d'appréhension.
Sans le nommer, les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky avaient déjà avancé certains principes du biais du statu quo dès les années 1970. En 1988, Samuelson et Zeckhauser l'ont formellement testé, théorisé et baptisé. Depuis, leurs expériences ont été répliquées et complétées par d'autres, qui ont confirmé l'existence de ce biais.
Le biais du statu quo est susceptible d'avoir un lourd impact sur les décisions des investisseurs et des chefs d'entreprise. C'est pourquoi il intéresse à la fois la psychologie et l'économie.
Comment reconnaître son propre biais du statu quo ?
Vous avez déjà conservé un prestataire de services malgré une offre moins chère pour un service égal ? Vous avez déjà gardé un emploi déplaisant alors qu'il est envisageable d'en trouver un autre ? Vous vous êtes déjà obstiné dans une relation amoureuse dysfonctionnelle ? Vous avez déjà renoncé à acquérir une compétence, à utiliser un nouvel outil informatique, parce que « c'est trop compliqué » ? Vous avez déjà refusé une solution à un problème parce qu'elle impliquait trop de bouleversements ?
Si vous avez répondu oui à l'une de ces questions, vous vous êtes sans doute fait piéger par votre biais du statu quo.
Les mécanismes psychologiques sous-jacents
Plusieurs explications, complémentaires les unes des autres, ont été proposées pour expliquer le biais du statu quo.
- L'aversion aux pertes : la peur de perdre nos acquis supplante l'attractivité des gains potentiels.
- L'aversion à l'incertitude : rares sont les changements qui ne comportent aucun risque ; or, le cerveau humain tolère très mal l'incertitude. Avec ce qu'on a, on sait à quoi s'attendre.
- L'effet de dotation : étant habitué à ce qui est acquis, on a tendance à en surévaluer les qualités ou la valeur.
- La paresse cognitive : s'adapter au changement, quel qu'il soit, demande des efforts cognitifs supérieurs au maintien du statu quo.
- L'aversion au regret : la peur de regretter ensuite une décision infructueuse.
Autant de points de vigilance à garder en tête lorsqu'on est confronté à une décision importante.