En Lozère, une école départementale de vannerie et des arts végétaux, créée en 2020 à Mende, transmet des savoir-faire traditionnels menacés. Une vingtaine de Lozériens doivent se rendre dans la région de Murcie, en Espagne, pour échanger sur l'usage des plantes à tisser face au dérèglement climatique. Cette initiative est portée par des habitants engagés dans les Foyers ruraux et soutenue par le programme européen Leader.
Des ateliers pour ressusciter des savoir-faire
Jean-Pierre Allier, du Foyer rural de Brenoux-Langlade, explique que sur les 67 foyers ruraux du département, 12 ont mis en place des ateliers de vannerie. « Traditionnellement, les anciens fabriquaient l'hiver des objets pour tous les usages. Ils tissaient du châtaignier, de l'osier, de l'abarine comme disent les Cévenols, ou encore d'autres plantes comme la viorne lantane qui pousse en sol calcaire douze mois sur douze, l'hémérocalle, cet iris orange aux feuilles fibreuses… C'était en train de se perdre, alors on a lancé des ateliers, les anciens sont venus mais aussi beaucoup de jeunes, dont pas mal de femmes. À Brenoux, on accueille 40 participants tous les lundis », précise-t-il.
L'école départementale de vannerie de Mende propose des stages durant l'hiver. « On y accueille des gens de toute la France. Il existe un CAP de vannier mais qui concerne uniquement le tissage. Nous, on veut que les gens soient autonomes, y compris pour aller ramasser la matière première », ajoute Josépha Garcia, originaire de Murcie et impliquée dans le projet.
Des bénéfices pour les sols et l'environnement
Les oseraies présentent des avantages pour le maintien des sols, notamment sur les terrasses cévenoles : bien enracinée, la plante retient la terre. Pour travailler le châtaignier, dont le tanin offre une imputrescibilité unique (un panier dure toute une vie), les vanniers choisissent les rejets qui envahissent les parcelles, participant ainsi à une forme de nettoyage.
En Espagne, la région de Murcie, grande zone de culture sous serres, souffre d'épuisement des sols et des nappes phréatiques. Ils ont remis en culture le sparte, ou alfa, une graminée qui pousse en Afrique et dans le Sud de l'Espagne. « Ça ressemble à du foin, mais c'est très résistant. Leur projet pour réutiliser ce matériau s'appelle Sparteria et est porté par le Campoder, qui serait l'équivalent du PETR chez nous », explique Jean-Pierre Allier.
Un échange européen pour l'habitabilité du territoire
Delphine Benard, animatrice du pôle d'équilibre territorial et rural (PETR) de Florac, est en charge du programme européen Leader. « Nous montons des projets sur la transition pour l'habitabilité du territoire. Les Espagnols vont nous présenter des actions très concrètes : comment ils tissent des toiles d'ombrages, ou bien des toiles destinées à retenir la terre en cas d'érosion. Nous, nous avançons sur la vannerie vivante, une façon de faire de l'aménagement hyper sobre et beau également. Nous allons bénéficier du travail d'étudiants de l'Institut Agro, qui possède un campus à Florac, pour réaliser un état des lieux de la vannerie sur notre territoire », détaille-t-elle.
Le PETR prévoit aussi d'accueillir un étudiant en architecture pour monter un inventaire de projets susceptibles d'intéresser les collectivités. « Les fonds Leader servent à ça, expérimenter, créer du commun », poursuit Delphine Benard, qui a déjà monté des dossiers pour une trentaine de projets, comme la renaturation des cours d'écoles.
Un voyage financé par l'Europe
Le voyage de la délégation lozérienne vers Murcia est largement financé par l'Europe (à 80 % des 23 200 €) et soutenu par le Département de la Lozère. On y parlera tissage mais aussi pierres sèches, puisque les artisans bâtisseurs en pierre sèche de Ventalon en Cévennes (école professionnelle aux diplômes reconnus) sont du voyage. Les Espagnols feront visiter une plantation de caroubiers dont la culture connaît un renouveau à Murcia. « On a beaucoup à apprendre et à partager », assure Josépha Garcia.