À l'occasion de la première visite du pape Léon XIV à Paris, le président Emmanuel Macron lui a offert un « évangéliaire ADN » : une traduction de l'Évangile selon Marc en grec ancien et en français, convertie en langage ADN par un chercheur du CNRS à Sophia Antipolis. Ce présent unique, réalisé grâce à la collaboration entre un prêtre dominicain niçois et un scientifique, a été remis au pape ce vendredi 25 juillet 2026 à l'Élysée.
Un projet entre foi et science
À l'origine de cette initiative, la rencontre entre le père Yves-Marie Lequin, prêtre dominicain à Nice, aumônier des artistes, écrivain, poète et philosophe, et Pascal Barbry, directeur de recherche au CNRS et chef d'équipe à l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire (IPMC) à Sophia Antipolis. Le père Lequin venait d'achever une nouvelle traduction française de l'Évangile selon Marc, tandis que Pascal Barbry participait au développement d'une technologie de rupture : l'ADN synthétique comme outil de stockage de données.
L'idée de combiner ces deux domaines a émergé lors de leurs discussions. « On sait aujourd'hui qu'on est capable de conserver de l'ADN extrêmement ancien et de le lire, explique Pascal Barbry. On peut ainsi reconstruire une information qui date de 100 000 ans. C'est bien plus que l'écriture cunéiforme ou les hiéroglyphes ! »
Une prouesse technologique
Le projet MoleculArXiv, piloté par le CNRS, vise à considérer l'ADN comme une nouvelle matrice pour stocker l'information. « L'objectif, c'est de considérer l'ADN comme une nouvelle matrice pour stocker l'information. Imaginez que vous puissiez remplacer les data centers ou le stockage sur bandes, qu'il faut changer régulièrement, ce qui coûte une fortune, y compris en termes de carbone. Là, on pourrait stocker une information à température ambiante ! », précise Pascal Barbry.
Pour réaliser cette prouesse, le texte est converti sous forme de code : chaque caractère est traduit en une combinaison des quatre « lettres » chimiques de l'ADN (A, T, C et G). La séquence est ensuite découpée en petits fragments, les oligonucléotides, fabriqués par synthèse chimique. Tous les fragments sont rassemblés dans une minuscule capsule en verre, protégée par une coque étanche en acier inoxydable. Ainsi conservé, l'ADN peut durer pour les siècles.
Une traduction fidèle et accessible
Le choix du contenu s'est porté sur l'Évangile selon Marc, traduit par le père Lequin avec le soutien des éditions Baie des Anges. « La question à se poser, c'est : si vous vouliez transmettre un texte dans 10 000 ans, lequel choisiriez-vous ? », interroge Pascal Barbry. Pour lui, ce texte est « formidable pour une très large communauté humaine, qui aura à cœur de le conserver ».
Le père Lequin a livré « une version fidèle et accessible à tous. Il y a des mots très proches du langage parlé. Cela donne des effets surprenants... » Par exemple, dans une traduction sage, Jésus lance « Tais-toi ! » au lac de Tibériade, tandis que dans celle du père Lequin, plus brute, cela donne « Ferme-la ! ».
Un exemplaire unique remis au pape
L'évangéliaire remis par le président français se présente comme « un bel objet relié, réalisé par les ateliers de reliure de la Ville de Nice », salue le père Lequin. Avec sa couverture conçue à l'épreuve du temps et son titre gravé dans du cuir de buffle, « il représente à la fois la tradition de l'édition et l'innovation ».
L'exemplaire unique, qui n'existe qu'à un seul tirage, a été remis la semaine passée à la bibliothèque Romain-Gary à Nice. « Éric Ciotti lui-même a accepté que cet exemplaire unique soit transféré », confie Pascal Barbry, qui s'est chargé de l'apporter lui-même à Paris. Les douze capsules en acier inoxydable contenant les versions ADN seront conservées dans les archives vaticanes.
« C'est une fierté d'être, probablement, le premier exemple de texte chrétien transmis de cette façon au Saint-Père », se réjouit Yves-Marie Lequin, qui y voit « la reconnaissance d'une belle collaboration entre un représentant d'une communauté de croyants et des chercheurs du CNRS ». L'évangéliaire inclut un vade mecum, façon pierre de Rosette, pour permettre aux générations futures de lire cet évangile séquencé. « Dans un monde où l'horizon est plutôt sombre - du moins beaucoup de gens le vivent-ils comme ça -, on déploie une espérance sur des siècles », se réjouit le père Lequin. Avec un sourire, Pascal Barbry positive : « Dans dix mille ans, on peut espérer qu'il y ait encore des hommes pour le décoder ! »