Planter des arbres en ville : un geste technique et politique
Planter des arbres en ville : un geste technique et politique

Planter des arbres en ville apparaît aujourd'hui comme une évidence dans de nombreuses politiques d'aménagement urbain. Face aux îlots de chaleur, à la pollution ou à la perte de biodiversité, l'arbre est souvent présenté comme une solution simple et vertueuse. Pourtant, planter un arbre en ville n'est jamais un geste simple : c'est une décision technique, écologique, sociale et politique qui engage la ville sur plusieurs décennies. Le choix d'espèces adaptées au contexte de l'aménagement et à son évolution est aussi une responsabilité vis-à-vis des arbres eux-mêmes, car ce sont des êtres vivants, aux caractéristiques et aux exigences spécifiques. Ils se déploient à des échelles de temps et d'espace très différentes des nôtres.

La ville est loin d'être favorable à la vie des arbres

Les arbres ont besoin d'espace pour déployer leur tronc, leurs branches et leurs racines. Les sols urbains, souvent rapportés, tassés et bitumés, réduisent ou interdisent les interactions des arbres avec les microorganismes, les plantes et les animaux présents dans leur proche environnement. Une fois installés, imposants et immobiles, les arbres gênent l'évolution des infrastructures urbaines : travaux de démolition et de construction, travaux d'aménagement de la voirie et des réseaux souterrains. Pour cela, ils sont quelquefois réduits, subissant des plaies qui les affaiblissent, voire les condamnent à court terme, et sont quelquefois même abattus.

Pourquoi planter des arbres en ville ?

Nous savons que les arbres présents dans l'environnement urbain ont des effets bénéfiques sur la biodiversité, sur notre qualité de vie et sur la santé humaine, physique et mentale. Parce qu'ils peuvent rendre des services qui intéressent les acteurs politiques et les gestionnaires des villes et des territoires, au bénéfice de leurs habitants. Ces services sont souvent déclinés en grandes catégories : les services écologiques (qualité de l'air, régulation des eaux pluviales, maintien des sols en place, confort thermique, accueil et maintien de la biodiversité, captation du carbone), les services culturels et sociaux (bien-être et santé, paysage, mixité sociale et sécurité, sentiment d'appartenance et réappropriation de l'espace public, repérage des saisons et éducation à l'environnement), les services économiques (réduction des dépenses énergétiques des bâtiments abrités, des dépenses liées au traitement des eaux pluviales, des dépenses de santé, valorisation du patrimoine immobilier, production de bois et fruits).

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'arbre parfait n'existe pas

Cependant, tous les arbres et tous les types d'aménagements n'apportent pas tous les services. Le concepteur doit donc hiérarchiser précisément les services attendus pour chaque aménagement et évaluer les risques potentiels et les nuisances que sont la dangerosité mécanique de certaines espèces (chute de branches ou de gros fruits), leur inadaptation au climat ou au contexte, la propension des racines à coloniser les canalisations ou à soulever le bitume (figuier ou pin parasol), les pollens allergisants (cyprès, olivier), les fruits ou les graines irritants ou toxiques. D'autres contraintes sont aussi à prendre en compte comme le ramassage des feuilles, la consommation d'eau, la réglementation (relative par exemple aux espèces végétales envahissantes comme l'ailanthe ou le robinier à éviter) et les modalités d'entretien (le gestionnaire est en général différent du concepteur). Enfin, certaines préconisations concernent l'origine et la production de la plante : espèce autochtone (à favoriser pour les aménagements situés à proximité du milieu naturel), espèce exotique non envahissante pour diversifier les parcs et jardins, variété horticole (sélectionnée pour sa facilité de culture ou son esthétique). Dans tous les cas, privilégier la production locale pour éviter l'introduction de nouveaux ravageurs.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Des outils d'aide au choix existent

Aujourd'hui, il existe des outils d'aide au choix pour le territoire méditerranéen tels que Sesame13, application à laquelle INRAE a participé, avec le CEREMA et le CD13, et le projet ARDEM. En somme, planter des arbres en ville constitue un enjeu majeur pour construire des espaces urbains plus durables et plus agréables à vivre. Toutefois, cette démarche exige des choix réfléchis, adaptés aux contraintes du milieu urbain et aux besoins des habitants. La réussite des aménagements repose donc sur une sélection raisonnée des espèces et une vision à long terme.