Pape Léon XIV : un million de fidèles à Paris malgré la déchristianisation
Pape à Paris : un million de fidèles malgré la déchristianisation

La visite du pape Léon XIV à Paris a rassemblé environ un million de personnes, un succès populaire qui contraste avec la déchristianisation de la France. Les inscriptions pour la messe célébrée samedi sur la place de la Concorde ont été closes dix jours avant l'événement, la jauge de 600 000 fidèles étant atteinte. S'ajoutent les 80 000 jeunes présents vendredi soir à la veillée au Stade de France et les quelque 250 000 personnes qui se pressaient le long du parcours de la « papamobile ».

Un paradoxe français : un pape très suivi dans un pays déchristianisé

Ce succès intervient dans un pays qui connaît une forte déchristianisation depuis plusieurs décennies. La messe du dimanche ne concerne plus qu'environ 2 % de la population, alors qu'elle touchait un quart des Français au milieu des années 1960. Un enfant sur deux était baptisé en 2000, contre un sur quatre aujourd'hui.

Au-delà de l'attraction pour un personnage mondialement connu, comparable à une rockstar ou à un grand champion, cette affluence hors norme révèle une motivation plus profonde : retrouver du sens et des repères dans un pays aux racines chrétiennes face à un monde bouleversé. Même François Mitterrand, en 1981, avait choisi de mettre un clocher de village en arrière-plan de ses affiches de campagne avec le slogan « La force tranquille ».

La laïcité et la place du catholicisme dans la sphère publique

Ce regain d'intérêt ne remet pas en cause la loi de 1905 de séparation de l'Église et de l'État, qui visait à desserrer l'emprise du catholicisme sur la société. La laïcité, une spécificité française, tient également à distance de la sphère publique l'islam, deuxième religion en France.

Le succès populaire de la visite du pape s'inscrit dans le droit fil de plusieurs phénomènes : la poussée du nombre de catéchumènes, ces adolescents ou adultes qui demandent le baptême, l'engouement pour les fêtes patronales dans les villages, mêlant divertissement et célébrations religieuses, ou l'affluence jamais démentie aux messes de Noël.

Un héritage catholique revendiqué, au-delà du culte

Comme si un certain nombre de Français, pratiquants ou non, voulaient ostensiblement s'inscrire, si ce n'est dans le culte, tout au moins dans une culture catholique vieille de plus de 2000 ans. Cette revendication d'un héritage catholique semble être un marqueur identitaire fort pour une partie de la population, dans un contexte de bouleversements sociétaux et géopolitiques.

La visite du pape Léon XIV, qui dirige le plus petit État du monde et est le chef spirituel de plus d'un milliard de catholiques, première religion en France, a ainsi servi de révélateur à ce besoin de racines et de continuité historique. Ce phénomène pourrait avoir des répercussions sur les débats autour de la place de la religion dans l'espace public et sur la perception de la laïcité dans les années à venir.