Emmanuel Macron dénonce les reculs du Parlement et du gouvernement sur l'écologie
Dans un entretien exclusif accordé à Midi Libre et à d'autres journaux de la presse régionale, le président de la République, Emmanuel Macron, a vivement critiqué les récentes décisions du gouvernement et du Parlement en matière d'écologie, les qualifiant d'erreur historique. Cette prise de position intervient à la veille de la troisième conférence des Nations unies sur l'océan (Unoc-3), qui se tient à Nice à partir de lundi.
Un sommet crucial pour les océans
La France coorganise avec le Costa Rica cette conférence, qui réunira une cinquantaine de chefs d'État, un nombre record selon le président. Jamais autant n'ont été mobilisés sur cette question, a-t-il souligné. Pour Emmanuel Macron, le moment est crucial, car les questions climatiques sont remises en cause par certains, mais la mobilisation permettra ensuite un plan d'action.
Le chef de l'État partage le constat des scientifiques : Nos océans sont victimes du dérèglement climatique, avec un réchauffement des températures, l'acidification du milieu, des mécanismes de surpêches de plus en plus criants et la pollution plastique continue de s'accroître. Il rappelle pourtant l'utilité de ces mêmes océans : Ils sont au cœur de l'enjeu dans la lutte pour réduire les émissions de CO2 et protéger la biodiversité. Ils sont la source de 50 % de l'oxygène que nous respirons, c'est le premier puits de stockage carbone, il stocke 90 % de la chaleur générée par les gaz à effet de serre. Et cet espace naturel fait vivre 3 milliards de personnes.
Un traité pour mettre fin au far-west
L'un des principaux enjeux de la conférence est la ratification du traité international pour la protection de la haute mer et de la biodiversité marine, connu sous le sigle BBNJ. Pour être applicable, il doit être ratifié par au moins 60 pays. Sans cela, ce sera un échec, a prévenu l'ambassadeur pour les océans, Olivier Poivre d'Arvor. Emmanuel Macron se montre confiant : Nice sera l'occasion d'avoir les 60 ratifications, engagements de ratification qui nous permettront de le faire entrer en vigueur en fin d'année.
Objectif de 30 % de protection
Le président maintient son objectif de 30 % d'aires marines protégées dans les eaux territoriales. Il annonce la création en Polynésie de l'une des plus grandes aires marines protégées au monde et des protections renforcées dans certaines zones clairement identifiées. Là où il y a aujourd'hui 4 % de protection forte, avec les annonces, au 1er janvier 2026, on passera à 10 %. Cela signifie ne plus avoir d'activité, de chalutage de fonds en particulier. Un plan européen, annoncé avec Ursula von der Leyen, doit financer ces actions.
Quelles garanties pour les pêcheurs ?
Emmanuel Macron rappelle que la France compte 13 000 à 14 000 pêcheurs et 570 chaluts qui réalisent 70 % des prises. Il assure que des zones seront limitées pour protéger la biodiversité fragile, mais qu'un fonds de transition de décarbonation financera la modernisation des pêcheurs. Il compare la situation avec les pays voisins : Les Espagnols ont 600 chalutiers, les Italiens 400.
Gouvernement et Parlement tancés
Le président n'a pas mâché ses mots concernant les reculs écologiques récents : recul sur l'objectif zéro artificialisation nette (ZAN), projet de réintroduction de pesticides néonicotinoïdes, suppression des zones à faibles émissions (ZFE). Je n'ai pas de leçons d'écologie à recevoir, a-t-il lancé. Je serai cette vigie pour tenir. Et je ne veux pas que ni le gouvernement ni le Parlement ne cèdent aux facilités du moment. C'est une erreur historique. Il a également critiqué la suspension de MaPrimRénov' annoncée par le ministre de l'Économie, Eric Lombard : J'attends du gouvernement que l'on maintienne cette politique et je ne suis pas content de ce que j'ai pu voir ces derniers jours.
Emmanuel Macron assume un rythme possible pour le pays et plaide pour une écologie juste et non punitive. Il déplore que beaucoup voudraient oublier le combat pour le climat et la biodiversité, en allusion au climatosceptique Donald Trump.



