Le gouvernement français va relever le quota de loups pouvant être abattus en 2026, le faisant passer de 21 à 23 % de la population globale, a annoncé jeudi 8 octobre la ministre de l'Agriculture Annie Genevard. Cette décision, prise depuis le Sommet de l'élevage en Auvergne, s'inscrit dans le cadre de la défense des troupeaux contre la prédation.
Un plafond relevé pour répondre à la pression des éleveurs
« Nous activerons tout prochainement les 2 points (supplémentaires) pour que le plafond passe de 21 à 23 % », a déclaré la ministre, qui s'exprimait devant des éleveurs. Ce relèvement était prévu par la loi, mais sa mise en œuvre intervient après des mois de revendications de la part des syndicats agricoles, particulièrement mobilisés en janvier dernier.
En France, l'abattage de loups est interdit en milieu naturel, sauf pour la défense des troupeaux. Une procédure spécifique est définie pour les « tirs de prélèvement », qui s'effectuent indépendamment d'une attaque en cours. Le nombre maximum de loups pouvant être abattus est fixé chaque année, sur une population estimée à un peu plus d'un millier d'individus.
Des conditions de tir pour éviter un épuisement prématuré du quota
Annie Genevard a toutefois précisé qu'il y aura des conditions pour le tir. « Si la barre de 23 % est atteinte trop tôt, plus personne n'aura le droit de tirer, et je veux éviter cela », a-t-elle expliqué. Cette précaution vise à éviter que le plafond soit atteint dès les premiers mois de l'année, ce qui laisserait ensuite les troupeaux sans protection.
Les éleveurs, qui recensent chaque année plus de 10 000 pertes d'animaux en raison de la prédation du loup, ont accueilli favorablement cette annonce. Patrick Bénézit, vice-président de la FNSEA et président de la fédération nationale bovine (FNB), s'est réjoui auprès de l'AFP de ces mesures, tout en regrettant le « retard » pris depuis l'adoption de la loi.
Des réactions contrastées chez les syndicats agricoles
À l'inverse, Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, a dénoncé l'absence de mesures de protection des troupeaux, comme des filets, des chiens ou du gardiennage. « Notre métier ce n'est pas de tuer des loups la nuit avec des lunettes thermiques. Oui des tirs, mais des tirs qui sont faits par des brigades mobiles dont c'est le métier, avec des moyens renforcés », a-t-il déclaré à l'AFP.
La ministre a également annoncé que si le plafond de tir n'est pas atteint une année, les loups non éliminés pourront être additionnés au plafond de l'année suivante. Un décret sera présenté d'ici le 12 octobre pour une publication en décembre, a-t-elle précisé aux journalistes.
Un décret attendu et des textes d'application en préparation
Cette publication devrait s'accompagner du texte d'application de la loi d'urgence agricole, adoptée cet été, qui prévoit de doter les éleveurs habilités de moyens de défense comme les lunettes de tir à visée nocturne ou thermique. Certains départements alpins réclament pour leur part un plafond à 30 %.
La ministre a aussi annoncé la publication « avant » le prochain Salon de l'agriculture (fin février) d'autres textes d'application de la loi d'urgence, comme l'ordonnance qui doit réformer le système d'autorisation environnementale appliqué à l'élevage. Ce texte, qui crée un régime spécifique aux éleveurs alors qu'ils étaient jusque-là traités comme d'autres installations industrielles classées pour la protection de l'environnement (ICPE), a été soumis à la consultation du public cette semaine et salué par les filières concernées. Concrètement, il permettra d'abaisser les seuils de volailles et de porcs à partir desquels une autorisation est nécessaire et assouplira le régime d'enregistrement, déjà moins contraignant que l'autorisation, en le remplaçant par un « permis simplifié ».