Loup : le pastoralisme en Lozère face à une prédation insoutenable
Loup : le pastoralisme en Lozère face à la prédation

Du 25 au 27 septembre 2026, les Rencontres du pastoralisme à Florac mettent en lumière les défis posés par la prédation du loup sur les élevages de Lozère. Une table ronde consacrée à ce sujet a rassemblé éleveurs et responsables associatifs, tous confrontés à une réalité de plus en plus difficile à supporter.

Un stand choc pour témoigner des attaques

Sur l'esplanade de Florac, un stand attire immédiatement le regard. Devant lui, un cercueil. À l'intérieur, un éleveur et quelques brebis, figés dans une mise en scène. Sur les murs du stand, des dizaines de lettres s'alignent. Autant de témoignages, autant de récits qui, derrière des mots différents, racontent une même histoire : celle des attaques du loup dans les élevages de Lozère, de la peur et des pertes qu'elles engendrent, mais aussi des conséquences plus profondes pour celles et ceux qui font vivre le pastoralisme.

Des filières menacées par la prédation

Fany Nogaret, éleveuse de brebis laitières sur le causse Méjean, ne peut cacher son émotion lors des échanges. Ses 200 brebis participent à la production du fromage Fédou, une filière historique menacée par la prédation. "La prédation du loup pose des problèmes d'autonomie alimentaire. On a tendance à rentrer plus souvent les brebis", détaille-t-elle. Cela implique d'apporter davantage de ressources fourragères, au lieu de profiter de celles disponibles dans les pâturages.

En plus de mettre en péril la survie des exploitations, le loup, par ses attaques, impacte indirectement la survie des filières. "Je peins un tableau très noir pour l'avenir du pastoralisme et des filières", déclare-t-elle. "Avant on était 11 éleveurs pour le Fédou et on est maintenant 9. Certains ont changé leur production à cause de la prédation."

Des éleveurs contraints de changer de modèle

Théophile Navecth fait partie de ces éleveurs qui ont "jeté l'éponge à cause du loup". Maintenant éleveur de vaches, il assure que les solutions de protection, comme les chiens, sont partielles : "le loup finit toujours par gagner un jour ou l'autre. On vit en permanence avec la boule au ventre, ce stress n'était plus viable pour moi".

Côté association Elovel, l'organisme qui protège et valorise l'IGP Agneau de Lozère, Baptiste Barrère, président, affirme que "la prédation est en incompatibilité totale avec le mode de production extensif". "Le risque à terme c'est de voir notre modèle muter, passer d'un élevage respectueux et extensif à un élevage intensif, hors-sol. Avec la prédation, nos brebis ne sortent presque plus, ça va à l'encontre de notre ADN mais nous n'avons pas le choix", soupire-t-il.

Un impact direct sur la production et les marchés

Les agneaux de Lozère sont reconnus et distribués majoritairement à Paris (60 %). Baptiste Barrère se satisfait du nombre croissant de clients, "mais maintenant, c'est les productions qui ne sont pas suffisantes". Cette situation illustre concrètement les conséquences de la prédation sur l'offre et la pérennité des filières locales.