Le pape Léon XIV a entamé vendredi une visite de quatre jours en France par une série de messages politiques incisifs, abordant la laïcité, les dangers de l'intelligence artificielle et la loi sur la fin de vie. Devant environ 300 000 personnes massées le long du parcours de la papamobile dans Paris, le souverain pontife a également été salué par une foule enthousiaste, avant de présider les vêpres à Notre-Dame et une veillée de prière au Stade de France.
Un discours politique à l'Élysée
Dans un discours prononcé en français dans la salle des fêtes de l'Élysée, le pape a exhorté le monde à être « sensible aux souffrances causées par le fléau de la guerre », mettant en garde contre la prolifération des armes nucléaires. Il a appelé la France à « demeurer un infatigable défenseur de la paix et du multilatéralisme », alors que les conflits font rage en Ukraine et au Moyen-Orient.
Deux mois après l'adoption de la loi sur la fin de vie en France, Léon XIV s'est dit « préoccupé par ces tendances de la société qui risquent de détourner la science et la technologie en entreprises lucratives, promouvant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l'achat d'organes ou l'offre de mort programmée ». Ces propos, rapportés par Midi Libre, s'inscrivent dans une prise de position claire sur des sujets de société sensibles.
IA et réseaux sociaux : un appel au discernement
À l'Élysée comme à l'Unesco, où il s'est rendu dans l'après-midi, le pape a mis en garde contre l'invasion des réseaux sociaux et l'avènement de l'intelligence artificielle. « Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du paradis des machines qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique », a-t-il insisté, citant l'écrivain français Georges Bernanos et son ouvrage de 1947, La France contre les robots.
« Une société authentiquement libre n'impose pas l'uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique », a souligné le souverain pontife. Au siège de l'Unesco, il a également dénoncé les dirigeants bafouant l'État de droit, sans les nommer : « Au lieu de respecter la loi, ceux qui sont au pouvoir l'invoquent lorsqu'elle sert leurs intérêts et la méconnaissent lorsqu'elle les entrave, traitant même la justice comme une marchandise ».
Un accueil massif et des rencontres attendues
Emmanuel Macron a souligné que « beaucoup de nos compatriotes ressentent avec votre visite en France une espérance », alors que quelque 300 000 personnes s'étaient massées pour acclamer le pape. Léon XIV a ensuite présidé la cérémonie des vêpres en la cathédrale Notre-Dame restaurée, une première visite papale depuis l'incendie de 2019, avant de participer à une veillée de prière avec les jeunes (17-35 ans) au Stade de France.
Quelque 600 000 personnes se sont inscrites pour la messe en plein air célébrée samedi après-midi place de la Concorde. Ce voyage pourrait aussi contribuer à redorer l'image de l'Église après la publication en 2021 du rapport supervisé par Jean-Marc Sauvé, qui a révélé que près de 330 000 enfants ont été victimes d'abus sexuels commis par des membres du clergé et des laïcs catholiques en France depuis 1950. Léon XIV s'entretiendra dimanche à Lourdes avec sept victimes françaises d'abus sexuels dans l'Église, une rencontre que le Vatican n'a pas détaillée.
La tournée s'achèvera lundi à Metz, ville où officia Robert Schuman, figure majeure de la construction européenne en cours de béatification, par un discours sur « les racines de l'Europe pour la paix et l'unité ». Emmanuel Macron a invité les dirigeants des 27 États membres de l'Union européenne à rencontrer le pape en Moselle, sans préciser qui sera présent.