Alors que la rentrée littéraire 2026 est secouée par des accusations d'utilisation de l'intelligence artificielle visant l'auteur Thélyson Orélien, la chercheuse Stéphanie Parmentier estime que « plus que de savoir si l'IA écrira un jour un grand roman, l'enjeu est de cartographier ce qu'elle transforme déjà dans les métiers du livre ». Dans un entretien accordé à BibliObs en août dernier, elle appelle à définir « les règles de coexistence afin que ce ne soit pas le Far West ».
Une accusation qui secoue la rentrée littéraire
Thélyson Orélien, auteur de « C'était ça ou mourir » (Grasset, prix du roman Fnac 2026), est accusé d'avoir eu recours à l'IA pour écrire son livre. Cette accusation repose sur une analyse du logiciel Pangram. L'écrivain s'en défend fermement. C'est dans ce contexte que BibliObs republie l'entretien réalisé avec Stéphanie Parmentier, chercheuse ayant consacré un ouvrage à ce sujet intitulé « Quand l'IA tue la littérature ».
La chercheuse souligne que les représentations courantes de l'IA et de la littérature, souvent illustrées par des images de robots écrivant sur des machines à écrire, ne reflètent pas la réalité des transformations en cours dans le secteur. Elle appelle à une analyse plus fine des changements concrets provoqués par les modèles génératifs.
Cartographier les transformations des métiers du livre
Pour Stéphanie Parmentier, l'urgence n'est pas de se demander si l'IA produira un jour un chef-d'œuvre littéraire, mais plutôt de comprendre comment elle modifie déjà les pratiques professionnelles. Éditeurs, traducteurs, libraires, correcteurs : tous les métiers du livre sont concernés par l'arrivée de ces outils.
La chercheuse insiste sur la nécessité d'établir des règles claires pour encadrer ces usages. Elle évoque notamment la question de la transparence, de la rémunération des auteurs et de la qualité des textes produits avec l'aide de l'IA. L'objectif est d'éviter une situation de « Far West » où chacun agirait sans cadre ni repères.
Un débat qui dépasse le cas Orélien
L'affaire Thélyson Orélien illustre les tensions actuelles autour de l'IA dans le monde littéraire. Au-delà de ce cas particulier, c'est l'ensemble de la chaîne du livre qui doit s'interroger sur ses pratiques. Les éditeurs sont confrontés à des questions inédites : comment détecter l'usage de l'IA ? Comment protéger les auteurs ? Comment maintenir la confiance des lecteurs ?
Stéphanie Parmentier appelle à un débat collectif impliquant tous les acteurs du secteur. Selon elle, il est urgent de définir des principes communs pour que l'IA soit un outil au service de la création littéraire, et non une menace pour celle-ci. La chercheuse propose des pistes concrètes, mais insiste sur la nécessité d'une réflexion partagée.
Des règles à inventer collectivement
L'entretien de Stéphanie Parmentier, réalisé avant l'affaire Orélien, prend aujourd'hui une résonance particulière. Ses propositions pourraient servir de base aux discussions en cours dans le milieu littéraire français. La chercheuse estime que les règles de coexistence doivent être inventées collectivement, en tenant compte des intérêts de tous les acteurs.
Alors que la polémique enfle autour de Thélyson Orélien, les propos de Stéphanie Parmentier rappellent que la question dépasse largement le cas d'un seul auteur. L'IA transforme déjà les métiers du livre, et il appartient à la profession de définir les garde-fous nécessaires. La publication de cet entretien dans ce contexte souligne l'urgence d'engager ce chantier.



