Hollande appelle la gauche à un grand projet d'union
Hollande : la gauche doit inventer son avenir

François Hollande, ancien président de la République, a appelé vendredi la gauche à « inventer ce qu'elle peut être demain » lors de son passage au 39ᵉ Festival du livre de Mouans-Sartoux. Il a plaidé pour un grand projet d'union centré sur la jeunesse, la transition écologique et le renforcement de la puissance industrielle et économique, face aux mutations géopolitiques et aux divisions croissantes du pays.

Un monde bouleversé et une gauche à réinventer

Interrogé sur son ouvrage « Unir : nouveau monde, nouvelle gauche », François Hollande a estimé que « c'est le monde qui a changé et les conditions mêmes du débat politique qui ont été bouleversées ». Il a évoqué « deux guerres à nos portes », la hausse du prix du carburant, la fin de l'alliance américaine, les menaces de Vladimir Poutine aux frontières et l'invasion par les produits chinois. Le libre-échange a également évolué avec l'apparition de droits de douane « un peu partout ».

Face à une France « beaucoup plus divisée, traversée par les mouvements de radicalité et notamment extrême », l'ancien chef de l'État a insisté sur la nécessité pour la gauche de « non pas s'adapter mais inventer ce qu'elle peut être demain ». Selon lui, cette gauche doit « unir, réunir le pays, réunir les citoyens autour d'objectifs durables : la jeunesse, la transition écologique, renforcer notre puissance industrielle et économique face à la dette financière qui pèse sur nos choix ». Il a ajouté : « La gauche que je défends doit porter un grand projet et pas simplement faire des mesures les unes après les autres pour répondre à l'urgence. »

L'union, plus difficile mais plus nécessaire que jamais

François Hollande a reconnu que l'union est « sans doute plus difficile et c'est encore plus nécessaire ». Il a expliqué que les partis politiques et les syndicats ont perdu de leur présence et de leur force, que l'individualisation est plus forte et que les groupes radicaux, notamment l'extrême droite, se sont développés. Pour lui, « c'est précisément la mission des républicains : participer à un mouvement qui unit, rassemble et offre une solution pour le pays ». À défaut, il a prévenu : « nous n'aurons que la discorde, la division et un choix au second tour de l'élection présidentielle qui ne correspondra pas à nos aspirations ».

Interrogé sur une éventuelle candidature en 2027, il a rappelé : « Je ne suis pas candidat aujourd'hui. J'ai affirmé à plusieurs reprises que je prendrai ma décision à la fin de l'année. » Il a noté qu'il y a « beaucoup trop de candidats » et que « mon choix dépendra de la situation du pays, de l'état de la gauche et de ce que la primaire aura produit ». Il a ajouté : « S'il y a une vraie dynamique, il n'y a aucune raison que je me mette en travers. » En revanche, « s'il apparaît un besoin d'union, de rassemblement et d'autorité », il prendra « la décision appropriée ».

La jeunesse et l'éducation comme priorités, face à la crise des lycées

Dans son livre, François Hollande écrit que « la priorité doit être la jeunesse et l'éducation ». Il a commenté le mouvement des lycéens en soulignant que la société vieillit et que la jeunesse est « moins nombreuse qu'il y a vingt ou quarante ans ». Elle est « inquiète pour sa formation et pour son avenir sur une planète dégradée et brûlante ». Il a cité leur message : « Même si nous ne sommes pas les plus nombreux, c'est nous votre avenir. » Il a déploré que le débat politique soit « monopolisé par les retraites, la santé ou la fin de vie » et a appelé à proposer aux jeunes des thèmes pour la France dans cinq, dix, quarante ans.

Concernant les fermetures de lycées dans les Alpes-Maritimes, où une vingtaine d'établissements sont fermés et les cours se tiennent à distance, il a critiqué les confinements : « On ne peut pas renvoyer les jeunes à une forme d'isolement ou de contact uniquement par les réseaux sociaux. » Il a estimé que « l'État aurait dû réagir dès les premiers blocages il y a une dizaine de jours » et qu'il ne faut pas attendre dès qu'un mouvement s'amorce. Il a souligné qu'il ne s'agit pas seulement d'envoyer la police, « parfois nécessaire pour la sécurité », mais d'ouvrir « immédiatement la discussion et la négociation », ce qui est « d'ailleurs engagée, tant mieux ». Il a appelé le débat budgétaire à apporter des corrections : « remplacer les professeurs absents, offrir des conditions d'apprentissage et d'enseignement dignes ».

Antisémitisme au sein du RN : la responsabilité du mouvement

Sur les propos antisémites attribués à Jordan Bardella, François Hollande a déclaré que « c'est à son mouvement d'en tirer les conclusions ». Il a rappelé que cette formation « est imprégnée d'antisémitisme depuis sa création par Jean-Marie Le Pen, et cela s'est poursuivi après lui ». Il a mentionné l'influence des thèses identitaires et d'individus comme Alain Soral. Il a conclu : « Il peut y avoir une surprise sur une personne en particulier, mais pas sur le mouvement lui-même. »