L'exhumation de propos antisémites attribués à Jordan Bardella a remis sous les projecteurs la "génération Soral", cette mouvance complotiste des années 2010 qui entretenait une haine virulente envers les juifs. Selon Mediapart, le président du Rassemblement national vouait, au moins à l'époque, une fascination pour le créateur d'Égalité & Réconciliation.
Un phénomène médiatique des années 2010
Alain Soral, essayiste condamné à maintes reprises, a donné son nom à une génération de néo-antisémites complotistes. Ses expressions "Quand même" et "Faut le savoir" sont devenues populaires sur internet, faisant de lui un personnage médiatique. Dans les années 2010, ses vidéos rassemblaient des centaines de milliers de vues sur YouTube.
Des jeunes soraliens se réunissaient au Forum, le quartier général des jeunes lepénistes, explique Le Monde. Là, les adeptes étaient "biberonnés" aux vidéos de Soral, de Dieudonné et de Zemmour, raconte un ancien habitué. Selon Mathieu Molard, auteur de "Le Système Soral : enquête sur un facho business", auprès de franceinfo, l'idéologue est "l'un des premiers personnages politiques d'internet". Il ajoute : "Quand on rejoignait la galaxie Soral, on devenait soi-même un dissident, donc un rebelle du système. Certains se sont construits politiquement comme ça."
Un antisémitisme décomplexé
Dans ses nombreux monologues publiés sur YouTube, Alain Soral se vantait de son "intelligence supérieure" en outre "fondée sur une virilité morale et physique authentique", énumère franceinfo. Il tenait des diatribes sur les ambitions hégémoniques des militantes féministes, contestait les crimes contre l'humanité, notamment la Shoah, et n'hésitait pas à proférer des insultes envers les juifs et à étaler des complots sur leur prétendue "domination".
Ces propos lui ont valu de nombreuses condamnations, tantôt pour injure publique antisémite et appel à la discrimination ou à la violence envers les juifs, tantôt pour contestation de crimes contre l'humanité ou provocation à la haine. Il aimait aussi se montrer aux côtés de Dieudonné, lui-même condamné pour des faits similaires.
Un exil qui ne change rien au discours
Aujourd'hui sur son site, Alain Soral se décrit comme "l'écrivain le plus persécuté de France… Et de Suisse !", et le "premier résistant de France". Il s'est exilé en Suisse, puis en Russie, pour éviter la prison, note Mediapart. Il dénonce notamment une complicité de la justice suisse avec la "France juive".
Même à des milliers de kilomètres, il continue d'entretenir le même discours antisémite : "Réfléchissons bien à la crise globale, économique et identitaire, que traverse la France… Et si l'antisémitisme n'était pas le problème, mais la solution ?", écrivait-il ce 1er octobre. Un message vu par 513 000 internautes.
À propos de l'affaire Bardella, Alain Soral a écrit : "Putain qu'est-ce qu'on rigole ! Merci Mediapart !" juste après la révélation des confrères. Quelques jours plus tard, il estimait que "Bardella le retourné (un de plus !) est un pur produit Égalité & Réconciliation, ce qui est très rassurant, le garçon a été bien formé politiquement". En 2017, auprès du Monde, Jordan Bardella déclarait : "Soral a un ego surdimensionné et un problème avec la question des juifs." Le président du Rassemblement national nie avoir tenu les propos antisémites qui lui ont été attribués fin septembre.