Le maire de Fréjus, David Rachline, a annoncé son intention d'interdire la chasse sur le territoire communal à partir du 1er novembre, une décision qui prend le contrepied des positions officielles du Rassemblement national (RN). Cette mesure, prise « en accord » avec la société de chasse de la commune, vise une durée indéterminée et s'appuie sur un « très bon service juridique », selon l'édile. Elle s'inspire de l'initiative du maire divers droite de Lherm, en Haute-Garonne.
Une décision personnelle assumée
Cette initiative intervient alors que le parti fait face à une polémique concernant des propos antisémites attribués par Mediapart à Jordan Bardella. David Rachline, lui, a choisi de se concentrer sur la question cynégétique, une décision qu'il présente comme strictement « personnelle ». Le nouveau sénateur et délégué départemental du RN 83, Frank Giletti, a d'ailleurs tenu à préciser que cette sortie ne reflète pas la ligne du parti. Son propre avis diffère sensiblement : « Je fais confiance aux chasseurs pour gérer et préserver les écosystèmes qu'ils connaissent bien », a-t-il déclaré.
Le député varois d'extrême droite Philippe Lottiaux partage cet état d'esprit. Se disant « pro-chasse », il affirme néanmoins « respecter les opinions de David Rachline ». Cette divergence illustre les tensions internes au RN sur des sujets de société, où une certaine liberté de vote est parfois tolérée.
La ligne nationale : traditions et régulation
Au niveau national, Jordan Bardella avait déjà pris position sur la chasse lors de la campagne des élections européennes. Il avait alors défendu « le patrimoine et les traditions comme la chasse », tout en dénonçant « les décisions prises depuis Paris par des idéologues ». Interrogé par Chasse TV, le président du parti avait affirmé : « Je militerai toujours pour la régulation et jamais pour l'interdiction de la chasse. Je sais que certaines traditions font vivre des écosystèmes ». Il avait également insisté sur le fait que « la chasse n'est pas simplement un loisir ou un passe-temps, c'est aussi un mode de vie qui fait vivre certains territoires ruraux ».
Marine Le Pen, de son côté, adopte une position plus nuancée. Elle met en avant la protection animale et son opposition à la chasse à courre, tout en évitant de froisser l'électorat cynégétique. Avant la présidentielle de 2022, elle avait déclaré sur RTL « que la chasse est une tradition ancestrale et qu'elle doit être maintenue ». Opposée à l'idée d'une fermeture les week-ends, elle parlait de « nécessité » : « S'il n'y avait pas de chasseurs, il y aurait probablement des agriculteurs qui ne pourraient plus nourrir la population car quand les sangliers sont en trop grand nombre, ou les chevreuils, ils commettent des dégâts considérables dans les cultures ou des accidents de la route ».
Des divergences assumées au sein du parti
Cette prise de position de David Rachline pourrait rouvrir les cicatrices avec le parti, d'autant qu'il a été écarté de la vice-présidence l'année dernière. Cependant, Jordan Bardella a rappelé qu'« il y a une liberté de vote sur des sujets sociétaux ». Steeve Briois, maire RN d'Hénin-Beaumont et proche de Marine Le Pen, se présente d'ailleurs comme un « anti-chasse », tout en précisant que « la chasse classique participe à l'entretien de nos campagnes ».
Pour David Rachline, les arguments des cadres de son parti ne tiennent pas. « Les chasseurs réduisent la faune, ils ne régulent rien du tout. Si les sangliers descendent en ville, c'est parce qu'ils sont tirés comme des lapins dans la forêt. Mais allez leur expliquer ça... », a-t-il lancé, tout en assurant « respecter la position de [son] mouvement politique ». Interrogé sur une éventuelle tentative de convaincre Marine Le Pen, candidate à la présidentielle, il a répondu : « J'espère que chacun évoluera ». La mesure, qui sera mise en place le 1er novembre, fera l'objet d'une « réévaluation l'année prochaine ».