Jeudi soir, la majorité nationaliste à la tête de la mairie de Bastia a approuvé le principe du statut de « résident ». Ce dispositif impose de résider cinq ans en Corse pour devenir propriétaire, avec l’objectif de lutter contre la spéculation immobilière et de favoriser l’accès au logement des résidents sur l’île. Cette délibération, à la fois politique et symbolique, marque une nouvelle étape dans la stratégie des autonomistes corses.
Un statut pour les résidents et la diaspora
La municipalité souhaite également inclure dans ce statut les Corses de la diaspora « qui ne résident pas ou plus sur le territoire insulaire mais qui y ont des liens profonds et durables, notamment sur le plan familial, culturel, patrimonial, ou économique ». Cette mesure vise à reconnaître l’attachement des Corses expatriés tout en encadrant l’accès à la propriété.
Le contexte immobilier corse justifie cette initiative : l’île compte quatre fois plus de résidences secondaires que la moyenne nationale (9 %), soit plus d’un tiers du parc de logements corse. Cette pression immobilière alimente la spéculation et rend l’accès au logement difficile pour les habitants permanents.
Un vote sans valeur obligatoire
Néanmoins, ce vote n’a pas de valeur obligatoire. Gilles Simeoni, le maire autonomiste de la ville de 47 000 habitants, a reconnu lors de sa prise de parole devant les élus « le caractère illégal » de ce statut. Cette reconnaissance explicite souligne les limites juridiques de la démarche, qui s’inscrit dans un rapport de forces politique.
En 2014, une majorité de gauche à l’Assemblée de Corse avait déjà tenté, un an avant l’arrivée des nationalistes à la tête de la région, d’instaurer la création d’un statut de résident. La quasi-totalité des délibérations municipales de l’époque avaient été retoquées par la justice administrative, rappelant les obstacles juridiques rencontrés par ce type de mesure.
Un levier pour le projet d’autonomie
Malgré tout, les partisans du statut de résident espèrent peser dans les discussions sur le projet d’autonomie de l’île, qui doit prochainement revenir dans le débat parlementaire. Une trentaine de maires nationalistes de petites communes rurales, réunis dans un collectif, l’ont déjà adopté, témoignant d’une dynamique locale en faveur de cette mesure.
Ce vote de Bastia, bien que symbolique, constitue un précédent pour les autres communes corses et pourrait influencer les négociations sur l’autonomie. La question du logement reste un enjeu central pour la population insulaire, et ce statut de résident pourrait devenir un élément clé des revendications autonomistes dans les prochains mois.