Confronté aux preuves formelles apportées par Mediapart sur les écrits antisémites de jeunesse de Jordan Bardella, le Rassemblement national (RN) a choisi le déni et la violence, préférant crier au complot et se poser en victime plutôt que d'affronter la vérité. Depuis plus d'une semaine, les cadres du parti lepéniste se sont enfermés dans des dénégations jusqu'au-boutistes, assorties de menaces contre les journalistes de Mediapart, loin de la stratégie de notabilisation qu'ils cherchent à asseoir depuis des années.
Un coup dur pour la stratégie de dédiabolisation
Ces révélations accablantes viennent percuter de plein fouet la stratégie de dédiabolisation patiemment construite par le RN depuis l'accession de Marine Le Pen à sa tête en 2011. Rompant avec son père après un énième dérapage antisémite, la fille du fondateur s'était employée à gommer le passé encombrant du Front national, créé en 1972 avec d'anciens Waffen-SS.
Prenant acte que l'antisémitisme et le négationnisme de Jean-Marie Le Pen participaient largement au plafond de verre empêchant le parti d'accéder au pouvoir, son héritière a tourné le dos à cette constante de l'extrême droite française pour privilégier le rejet de l'immigration et l'hostilité aux musulmans. Si sa vision du monde reste ancrée dans le conspirationnisme, avec la dénonciation des « élites mondialisées », la leader du RN l'avait expurgée de toute référence antisémite, jusqu'au hold-up final après le 7-Octobre, quand le RN s'est posé en défenseur de la communauté juive.
Un révélateur du vrai visage de l'extrême droite
La révélation des écrits de Bardella tient moins de la rechute que du coup de projecteur sur le vrai visage de l'extrême droite. Il n'y a là rien de très nouveau, tant on ne compte plus les dérapages antisémites au sein du RN, comme l'a démontré la cohorte de propos inacceptables de ses candidats aux législatives de 2024. Cette fois pourtant, la théorie des « brebis galeuses » ne tient plus : il ne s'agit plus d'un obscur candidat investi à la hâte, mais du président du parti, celui que Marine Le Pen a choisi pour Matignon si elle est élue en 2027 et qui incarne, plus que tout autre, la nouvelle respectabilité du RN.
Selon Cécile Prieur, directrice de la rédaction du Nouvel Obs, il faut saluer le remarquable travail d'utilité publique accompli par Mediapart et exprimer toute la solidarité avec nos confrères face aux attaques totalement inacceptables dont ils ont été la cible. C'est le devoir et l'honneur des médias de faire toute la lumière sur nos politiques, et la presse d'investigation joue un rôle déterminant dans notre démocratie, devant être respectée comme telle par tout républicain digne de ce nom.
Un choix contre-productif pour l'élection de 2027
Le RN peut se rassurer à bon compte en pariant que les écrits antisémites de son président n'entameront guère son socle électoral. Mais une élection présidentielle se gagne au second tour, quand il faut convaincre que l'extrême droite a suffisamment changé pour exercer le pouvoir. C'est alors que l'affaire Bardella, qui rappelle brutalement le substrat antisémite du RN, pourrait peser, jusqu'à raviver, pourquoi pas, le front républicain.
À cet égard, les dénégations des dirigeants frontistes, et de Marine Le Pen au premier chef, pourraient se révéler contre-productives. Déjà lestée de sa condamnation pour détournement de fonds publics, la leader du RN fait aujourd'hui un choix plus inquiétant encore : celui de nier les faits contre toute évidence pour leur substituer une vérité alternative. L'Amérique de Donald Trump a montré jusqu'où pouvait conduire cette fuite hors du réel, et il faut espérer que les électeurs sauront, à l'heure du choix, en mesurer toute la dangerosité.