Près de 48.750 personnes ont manifesté dimanche en France contre la proposition de loi instaurant une présomption d'usage légitime des armes par les forces de l'ordre, un texte dénoncé comme un « permis de tuer » par ses opposants. Les rassemblements, organisés à l'appel de nombreuses organisations de défense des droits humains telles que Stop aux violences d'Etat, Amnesty International ou la Ligue des droits de l'homme (LDH), ainsi que de la gauche et du syndicat de la magistrature, ont eu lieu à Paris, Marseille, Lyon, Toulouse et dans de nombreuses autres villes.
Une mobilisation massive dans plusieurs grandes villes
À Paris, 21.000 personnes ont défilé selon la préfecture de police, tandis que Marseille a rassemblé 4.500 manifestants, également selon la préfecture. Environ 4.500 personnes ont battu le pavé à Lyon et 3.700 à Toulouse, d'après les autorités. Au total, le ministère de l'Intérieur a comptabilisé 48.750 manifestants sur l'ensemble du territoire.
Dans la capitale, la foule compacte, rejointe par le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon, le député Éric Coquerel ou encore le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, a scandé « À bas la police » depuis la place de la République jusqu'à Nation. Les pancartes affichaient des slogans comme « Nos vies méritent d'être vécues, pas abattues - Non au permis de tuer ! » ou « Plus de pouvoir = plus de bavure ».
Des incidents en marge du défilé parisien
La fin de la manifestation parisienne a été émaillée de quelques incidents. Les forces de l'ordre ont brièvement tiré des gaz lacrymogènes, tandis que la vitrine d'une boutique a été brisée, a constaté une journaliste de l'AFP qui a vu une personne blessée au niveau du crâne. La cheffe du groupe Insoumis à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, a déclaré : « La police tue déjà […], nous devons faire échouer cette loi » qui « ne doit pas être inscrite à l'ordre du jour du Sénat ».
« En République, il ne peut pas y avoir d'organisation d'impunité policière […]. En République, il ne peut y avoir une catégorie de citoyens qui a le droit de vie ou de mort sur d'autres citoyens », a-t-elle estimé à Paris. La proposition de loi, votée le 7 juillet par les députés, prévoit que « lorsqu'ils font usage de leurs armes », policiers et gendarmes « sont présumés avoir agi » dans le cadre de la loi, cette présomption pouvant « être renversée par tout élément de preuve contraire ». Les manifestants veulent empêcher son examen au Sénat.
La crainte d'une hausse des « bavures »
Selon ses défenseurs, la loi permettrait aux membres des forces de l'ordre de ne plus systématiquement être soupçonnés ou placés en garde à vue. Ses contempteurs à gauche dénoncent un risque de « permis de tuer », arguant que des enquêtes sur la conformité des tirs policiers vont être affectées voire empêchées. « On craint que les violences policières ne s'accroissent encore avec cette loi », explique, dans le cortège à Marseille, Cédric Picard, 48 ans, d'Amnesty International. « Dans un pays où les bavures policières sont parmi les plus importantes, cette loi risque d'aggraver la situation », ajoute Hugo, un lycéen marseillais.
À Grenoble, où la manifestation a réuni, selon la police, 2.100 personnes, Alice considère que ce texte « permet aux flics de justifier toutes les actions de violence ». Aujourd'hui, ce « permis d'exécuter […] veut inverser la charge de la preuve », affirme à Paris Amal Bentousi, sœur d'Amine, un braqueur tué par un policier d'une balle dans le dos en 2012 en Seine-Saint-Denis. Peu de temps avant, Samia El Khalfaoui, cofondatrice de l'association Stop aux violences d'État, a égrené les prénoms de plusieurs jeunes, « la plupart issus des quartiers populaires », tombés selon elle sous les balles des forces de l'ordre.
Vigilance renforcée et incidents en province
Craignant des incidents lors des manifestations prévues le temps du week-end dans une centaine de villes, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez avait demandé aux préfets et aux responsables des forces de sécurité intérieure une « particulière vigilance ». À Paris, deux journalistes de BFMTV ont été « agressées et menacées verbalement », a indiqué la chaîne d'informations contactée par l'AFP.
À Rennes, où 2.000 personnes ont manifesté samedi, huit personnes ont été interpellées et trois policiers blessés à la suite de « jets de projectiles » sur la police, selon la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Plus de 150 organisations, dont des collectifs locaux mais aussi des partis politiques comme le PS, Les Écologistes ou LFI, ont signé l'appel « Stop aux violences d'État » contre cette loi, dont l'examen au Sénat reste à ce jour incertain.



