17 octobre : des cartes interactives pour coordonner les mobilisations
17 octobre : des cartes pour coordonner les mobilisations

À quelques jours du 17 octobre, une multitude de plateformes en ligne fleurissent pour tenter d'organiser les mobilisations. Parmi elles, certaines adoptent un ton ludique et provocateur, tandis que d'autres misent sur la transparence et la coordination. Cette effervescence numérique témoigne d'une volonté de structurer un mouvement encore embryonnaire.

17 octobre.app, un « waze des manifestations » aux allures de troll

Le site 17 octobre.app se présente comme une carte interactive sur fond sombre, largement codée à l'aide de l'intelligence artificielle. Il permet à chacun de publier ses propres signalements, classés en catégories : « sécurité », « pratique » ou encore « humour ». Les alertes avertissent ainsi de la « présence de véhicules blindés », de prétendus « incendies », voire d'« hélicoptères en survol ».

L'interface propose aussi un fond de carte « apocalypse », qui colore les rues en orange vif pour suggérer une ville à feu et à sang. Le tout ressemble davantage à un terrain de jeu pour « trolls » qu'à une plateforme fiable. Les alertes absurdes pullulent : approche d'un « avion espion ennemi », présence de « 67 blindés », ou commentaires du type « wallah ça gaze ici » ou « Hulk est de sortie ».

Derrière ce vernis farfelu, ce « waze des manifestations » propose aussi des options premium opaques. Il sollicite des dons allant de 10 à 250 euros pour de prétendus « colis alimentaires destinés à Gaza » ou pour le « soutien aux jeunes lycéens ».

Mobilisation17octobre.fr, une carte collaborative non vérifiée

D'autres cartographies en ligne tentent de recenser les points de rassemblement avec un peu plus de fiabilité. Sous un large bandeau rouge vif clamant en lettres capitales « Le 17 octobre, organisons-nous ! », le site mobilisation17octobre.fr propose une carte des mobilisations à venir. Il revendique 170 événements publiés et 682 participations déclarées.

Toutefois, il est précisé qu'il s'agit « d'informations collaboratives et non vérifiées ». Côté finances, la plateforme ne collecte aucun fonds, mais relaie des cagnottes tierces (Leetchi, HelloAsso), notamment destinées à soutenir un jeune blessé en marge des manifestations.

Le contact du site, joignable via une adresse Gmail au nom de Frédéric Anges, mentionne qu'il n'est « aucunement organisateur » et invite chacun à déclarer sa manifestation en préfecture, s'affranchissant de toute responsabilité légale en cas de débordements.

17octobregiletjaune.net, la plateforme qui joue la transparence

C'est finalement le site 17octobregiletjaune.net sur lequel les manifestants semblent avoir jeté leur dévolu. Le message visuel est sans équivoque : un fond jaune fluo rappelant les célèbres gilets, barré d'une typographie en lettres capitales : « 17 octobre : jaunes et jeunes, nos luttes se rencontrent ». Hébergé sous Cloudflare, ce site joue la carte de la transparence.

Interrogé par 20 Minutes, Benjamin Ball, éditeur du site de cartographie participative, explique la genèse du projet, lancé mi-septembre : « On a créé le site avec ''Bloquons tout'', ''Mouvement du 26 septembre'', ''Peuple révolté'' et les ''gilets jaunes'', de façon à ce qu'on puisse lancer cette mobilisation collective. »

17octobregiletjaune.net, qui revendique près de 6.000 signataires, est redirigé vers un canal Telegram avec plus de 12.000 personnes. La pièce maîtresse reste sa « carte des mobilisations », qui cible des actions de blocage précises : raffineries, dépôts pétroliers et stations-service.

Elle repose sur une production participative (crowdsourcing), explique Benjamin Ball : « L'équipe amorce les points de rendez-vous repérés sur les réseaux sociaux, puis les utilisateurs complètent et ajustent les horaires eux-mêmes, que le rassemblement soit officiellement déclaré ou non. » Un choix assumé : « C'est nous qui prenons le risque juridique s'il y a des choses illégales qui sont proposées, et les gens qui organisent une manifestation illégale prennent aussi ce risque. C'est un risque partagé », détaille le militant.

Une stratégie de surabondance et un impact difficile à mesurer

Pour l'organisateur, la surabondance de points sur la carte est même une stratégie : « S'il y a 1.200 points sur la carte, la question, c'est : où iront les forces de l'ordre ? » Quant à la prolifération des sites, le militant n'y voit pas d'inconvénient : « C'est bien qu'il y ait plusieurs cartographies. Évidemment, on trouve de tout sur Internet, certains sont frauduleux, mais pour les autres ça permet, au cas où notre site tomberait pour une attaque ou une saisie du matériel informatique, de faire en sorte que la mobilisation continue. »

Si la multiplication de ces cartes et outils a de quoi enthousiasmer certains, il reste difficile de mesurer leur impact. Né d'abord en ligne, le mouvement doit encore prouver que de telles initiatives perdureront sur Internet.