Accès à l'eau en Afrique subsaharienne : un défi d'égalité et de développement
Eau en Afrique : inégalités et retard subsaharien

La Journée mondiale de l'eau souligne les défis persistants en Afrique subsaharienne

La Journée mondiale de l'eau, célébrée chaque année le 22 mars, vise à soutenir la réalisation de l'objectif de développement durable numéro 6 : « eau propre et assainissement, pour tous d'ici à 2030 ». Pour 2026, l'ONU a retenu comme thème « L'eau, source d'égalité », en mettant l'accent sur les disparités entre hommes et femmes. En Afrique subsaharienne, la situation est alarmante, avec un retard significatif par rapport aux objectifs mondiaux.

Un accès limité et des inégalités criantes

Seulement 30 % de la population subsaharienne bénéficie d'un accès sécurisé à l'eau, tandis que dans d'autres régions comme l'Amérique latine ou l'Asie du Sud-Est, ce taux dépasse 75 %. Au rythme actuel, il faudrait des décennies à l'Afrique subsaharienne pour combler ce retard, dépassant largement l'échéance de 2030. Les conséquences sont dramatiques : des milliers d'enfants meurent chaque année après avoir consommé de l'eau insalubre, et personne ne meurt directement de soif, mais les maladies liées à l'eau sont meurtrières.

La situation varie selon les pays. Grâce à des politiques publiques mises en place dans les années 2010, des nations comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Bénin et certaines régions d'Afrique australe sont sur la bonne voie pour atteindre l'objectif « eau pour tous ». Cependant, ailleurs, la situation reste préoccupante. Actuellement, 400 millions de personnes en Afrique n'ont pas accès à une eau de qualité améliorée, en quantité suffisante et à proximité de leur domicile.

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Le fardeau disproportionné des femmes et des filles

En grande majorité, ce sont des femmes et des jeunes filles qui sont chargées de la corvée d'eau, parcourant parfois plusieurs kilomètres à pied pour en chercher. Pour Halila Nsakala, née au Cameroun, l'eau représente une quête quotidienne et un défi constant. Le temps consacré à cette tâche est considérable, souvent plusieurs heures par jour, limitant les opportunités d'éducation pour les filles et réduisant le temps que les mères peuvent consacrer à leurs enfants.

En l'absence d'eau potable à proximité, les femmes et les filles portent un fardeau bien plus lourd que les hommes. Elles doivent non seulement aller chercher l'eau, mais aussi s'occuper des malades ayant ingéré de l'eau insalubre et gérer leur hygiène personnelle dans des conditions difficiles. Ce manque de système d'eau creuse profondément les inégalités sociales et économiques.

Les enjeux économiques et les solutions potentielles

Pour Jean-Patrice Poirier, consultant en eau et environnement, le sujet revêt également une dimension économique cruciale. La Banque mondiale a démontré qu'un dollar investi dans l'eau génère un bénéfice indirect de 5 à 7 dollars. Ces bénéfices incluent le temps économisé pour la collecte d'eau, la réduction des dépenses de santé liées aux maladies hydriques, la satisfaction des besoins industriels, et l'augmentation des rendements agricoles grâce à l'irrigation. De plus, le secteur de l'eau est un important créateur d'emplois.

Pour agir efficacement, il est essentiel d'impliquer davantage les femmes dans la gouvernance de l'eau. Lorsqu'elles participent aux décisions, les services deviennent plus efficaces et inclusifs. Des actions concrètes et locales sont possibles, telles que le développement de forages ruraux, l'installation de systèmes simplifiés de purification de l'eau avec des bornes-fontaines dans les villes moyennes, et l'extension des réseaux existants dans les centres urbains.

La nécessité de financements et d'engagements politiques

Les pays qui ont réussi ont mis en place des financements dans le cadre d'une vision politique claire. Le prix de l'eau ne peut financer qu'une partie des investissements et des services ; des subventions des États ou des régions sont nécessaires. Augmenter les montants consacrés à l'eau par l'aide publique au développement est également crucial, surtout en période de baisse globale des financements.

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Face à l'urgence, toutes les parties prenantes doivent s'engager : autorités locales, États, Banque Africaine de développement, ONU, bailleurs internationaux, secteur privé et société civile. Le sujet étant de nature politique, les décisions reposent entre les mains des élus. L'Union africaine s'est saisie de la question de l'eau en février à Addis-Abeba, et il sera important de voir si elle sera abordée lors du sommet Afrique-France prévu en mai à Nairobi.

Parler de l'eau est nécessaire, mais il est surtout urgent d'agir. Place à l'action pour garantir un avenir plus équitable et durable en Afrique subsaharienne.