Cocaïne dans les rivières : les saumons hyperactifs menacés d'épuisement
Une étude scientifique publiée le 20 avril dans la revue Current Biology révèle une menace émergente pour la biodiversité aquatique : les résidus de cocaïne et de son métabolite, la benzoylecgonine, présents dans les eaux douces du monde entier. Ces substances modifient radicalement le comportement des poissons, en particulier des saumons atlantiques, selon des recherches menées en Suède.
Des saumons exposés parcourent des distances deux fois plus longues
Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont exposé des saumons atlantiques juvéniles à des concentrations de drogue comparables à celles relevées en milieu naturel. Après leur libération dans le lac Vättern, en Suède, les spécimens contaminés ont parcouru une distance deux fois supérieure à celle des autres en seulement une semaine. Cette hyperactivité les a conduits à se disperser jusqu'à 12 kilomètres plus loin que les saumons non exposés.
Cette dépense d'énergie inhabituelle inquiète les experts, car elle pourrait épuiser les poissons et les rendre plus vulnérables face aux prédateurs. Les scientifiques soulignent que ces polluants altèrent la répartition écologique et les interactions au sein des écosystèmes, s'ajoutant aux pollutions déjà connues comme les pesticides ou les PFAS.
Une menace croissante liée à l'inefficacité des stations d'épuration
La situation est d'autant plus préoccupante que la production mondiale de cocaïne a doublé entre 2020 et 2024, atteignant environ 4 000 tonnes selon l'Office antistupéfiants. La pollution provient essentiellement des urines des consommateurs, qui finissent dans les eaux usées. Or, les stations d'épuration ne parviennent pas à éliminer la benzoylecgonine.
Ces substances finissent par s'accumuler dans le cerveau, les muscles et le foie des organismes aquatiques, faute d'un traitement efficace. Les chercheurs alertent sur les conséquences à long terme pour la survie des espèces, comme les saumons, déjà fragilisées par d'autres facteurs environnementaux.
Cette étude met en lumière un problème de santé publique et écologique majeur, nécessitant des actions urgentes pour améliorer le traitement des eaux et réduire la contamination des milieux aquatiques.



