L'Aquitaine, terre d'eau : comment les rivières ont nourri les populations locales
Aquitaine : les rivières, garde-manger historique des populations

L'Aquitaine, une région façonnée par l'eau

L'Aquitaine est une terre d'eau, comme en témoigne son nom qui dérive du latin « aqua ». Parmi les départements de cette région, le Lot-et-Garonne est particulièrement bien doté en cours d'eau. Non seulement il abrite le fleuve Garonne et son affluent principal, le Lot, qui lui ont donné son nom, mais aussi de nombreuses rivières comme la Baïse, la Gélise, la Lède, le Dropt, l'Auvignon et l'Ourbise. Au XIXe siècle, le canal latéral à la Garonne est venu s'ajouter à ce réseau hydrographique déjà dense.

Des voies de communication et des réserves de nourriture

Ces cours d'eau ont longtemps servi de précieuses voies de communication, facilitant le transport des passagers et des marchandises à une époque où les déplacements fluviaux étaient privilégiés. Mais leur richesse ne s'arrêtait pas là : ils constituaient également des réserves de nourriture essentielles grâce à leur abondance en poissons.

En période de famine, notamment lors de mauvaises récoltes, ces garde-mangers naturels s'avéraient indispensables pour les populations locales. Il n'y a pas si longtemps, les rivières regorgeaient d'aloses, un poisson migrateur apprécié pour sa chair délicieuse, déjà consommé par les Romains installés dans la région.

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La pêche professionnelle, une activité vitale

La pêche en eau douce était autrefois considérée comme une activité professionnelle plutôt qu'un simple loisir dominical. Presque toutes les cités riveraines de la Garonne, du Lot ou de la Baïse comptaient leur pêcheur professionnel : Dupont à Aiguillon, Mentouil à Buzet-sur-Baïse, Thouens à Port-Sainte-Marie, pour ne citer qu'eux.

Ces pêcheurs vendaient leurs prises aux poissonniers et aux particuliers, parcourant les campagnes avec des carrioles tirées par des ânes, puis plus tard avec des fourgonnettes. Ils proposaient carpes, mulets, anguilles et bien sûr des aloses, dont la pêche saisonnière était aussi prisée que la chasse à la palombe.

Port-Sainte-Marie, un port de pêcheurs

L'activité portuaire de Port-Sainte-Marie remonte à des temps anciens. La ville abritait une importante population de mariniers d'eau douce, allant des riches armateurs aux humbles haleurs, ainsi que des mariniers itinérants. Ce « port » n'était pas seulement un lieu de passage pour les barques, gabares et bateaux à vapeur, mais aussi un centre de pêche où les prises régulières contribuaient largement à nourrir la population.

Cette activité fut particulièrement cruciale pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les vivres vinrent à manquer. Le pêcheur professionnel local, M. Thouens, vit son travail augmenter considérablement, au point que des habitants du cru, comme le biscuitier Max Bernet, vinrent lui prêter main-forte.

Max Bernet, une figure de la Résistance

Max Bernet, personnalité pittoresque et courageuse, a laissé un nom prestigieux dans les réseaux de Résistance du Lot-et-Garonne. Son engagement se manifesta tant contre l'envahisseur nazi qu'auprès des autorités locales. Lorsque des contrôleurs zélés tentèrent de restreindre les périodes de pêche, Bernet se rendit immédiatement à la préfecture pour défendre leur cause.

Il plaida que lui et ses amis se chargeaient de nourrir la population de la ville grâce à leurs prises. Le préfet, reconnaissant l'importance de leur contribution, répondit : « En ce cas, je ferme les yeux. Pêchez tant que vous voudrez ! »

L'esturgeon, un trésor oublié

Ainsi, les estomacs du secteur continuèrent à se garnir grâce aux anguilles, mulets, brochets et carpes, hôtes habituels des eaux garonnaises. Mais il y avait aussi les esturgeons, des poissons que l'on associe aujourd'hui aux eaux septentrionales et aux tables des milliardaires, mais qui foisonnaient autrefois dans la Garonne.

Thouens, Bernet et leurs amis posèrent fièrement devant l'objectif d'un photographe, exhibant leurs fabuleuses prises. Malheureusement, en quelques décennies, ces trésors aquatiques ont disparu des cours d'eau pour diverses raisons.

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Les pêcheurs de Port-Sainte-Marie n'ignoraient pas que les œufs d'esturgeon permettaient de réaliser du caviar. Ils s'associèrent avec un artisan culinaire habile, qui traita ces œufs, les mit en conserve et les vendit en précisant sur la boîte : « Authentique caviar de Russie ».

Cette histoire rappelle combien les cours d'eau du Lot-et-Garonne ont été des ressources vitales, nourricières et économiques pour les populations locales, bien au-delà de leur simple fonction de voies de communication.