Ce samedi 3 octobre 2026, à 16 h 30, des centaines de Millavois – familles, vélotaffeurs en cargo, adeptes du gravel et vététistes – s'élanceront pour une déambulation de trois kilomètres à travers le cœur historique de Millau. Organisée sous la canopée du Parc de la Victoire, cette « Vélorution » musicale et festive entend démontrer que la pratique du vélo existe et qu'elle est plurielle, dans une sous-préfecture de l'Aveyron historiquement façonnée pour le tout-automobile.
Une démonstration de force politique
Derrière l'apparente légèreté de l'événement se cache un affrontement feutré mais féroce pour le contrôle de l'espace public. Les usagers de la bicyclette veulent transformer ce défilé en une démonstration de force politique, exigeant des infrastructures capables de sécuriser enfin leurs déplacements quotidiens. En 2025, ils étaient plus de 400 à déambuler en ville, selon les archives de Midi Libre.
Cette mobilisation locale fait écho à un basculement sociologique plus vaste. Partout en France, les villes moyennes traversent une crise de croissance de leurs mobilités. Poussés par l'urgence climatique, la quête d'une vie plus saine et l'essor économique du vélo électrique, des milliers de citadins délaissent leur voiture pour les trajets de proximité. Pourtant, le modèle urbain hérité des Trente Glorieuses résiste.
Un été de tensions avec la municipalité
À Millau, cette transition se heurte à une configuration géographique complexe et à des choix politiques qui cristallisent les tensions entre automobilistes, commerçants et cyclistes. Le maire de la Ville et président de la communauté de communes ne cesse de le répéter : « Je n'ai jamais interdit le vélo à Millau. »
Le point de rupture officiel remonte à l'été, lorsque la municipalité a pris un arrêté interdisant la circulation des vélos et des trottinettes dans six artères majeures de l'hypercentre piéton, obligeant les usagers à poser pied à terre sous peine de verbalisation. Une décision vécue comme une véritable provocation par les associations locales. « Sous prétexte de réguler les incivilités de quelques-uns, on pénalise la majorité silencieuse qui utilise le vélo pour aller travailler ou déposer les enfants à l'école. Exclure les mobilités douces du cœur historique pour les renvoyer vers des périphéries dangereuses est un contresens historique absolu », déplore un trentenaire millavois.
Des axes majeurs contestés
Les collectifs In'VD et Vélo Millau contestent également le réaménagement récent des axes majeurs de la cité, à l'instar du boulevard de l'Ayrolle et de l'avenue de la République. Une discorde reposant sur une application stricte de la Loi d'Orientation des Mobilités (LOM), qui impose la création de voies cyclables sécurisées lors de chaque rénovation de chaussée. « Nous ne demandons pas des strapontins ou des détours touristiques, nous exigeons le droit à la sécurité sur nos trajets directs », martèle une militante associative.
C'est dans ce climat électrique que la Vélorution de ce samedi cherche à inverser le rapport de force par la convivialité. Le parcours de trois kilomètres, volontairement court et tracé à un rythme très tranquille, est conçu pour être accessible au plus grand nombre, des enfants sur leurs petites roues jusqu'aux aînés. L'objectif est limpide : saturer visuellement l'espace urbain de deux roues pour prouver que la pratique existe et qu'elle est plurielle.