Le Département généralise le financement de la collecte d'amiante après un test concluant
Après une expérience pilote menée avec le Sietom de Chalosse, le Conseil départemental des Landes s'apprête à mettre en place un règlement permettant d'étendre à tous les syndicats du territoire la possibilité de financer la collecte et le traitement des déchets d'amiante des particuliers. Cette initiative répond à un enjeu crucial de santé publique, alors que de nombreux habitants conservent encore des matériaux contenant cette fibre cancérigène dans leurs propriétés.
Une première collecte réussie en novembre 2025
Le 19 novembre 2025, une opération inédite a permis à 24 résidents du territoire géré par le Sietom de Chalosse de déposer leurs déchets d'amiante lié après prise de rendez-vous. « C'était notre maximum, on ne pouvait pas aller au-delà pour des questions logistiques », explique Claire Lafond-Creissen, responsable communication. « Il y a eu 2,78 tonnes récoltées. »
Chaque participant a préalablement reçu :
- Un contenant adapté (big bag ou dépot-bag selon les dimensions)
- Un équipement de protection individuel complet (combinaison, masque, charlotte, surchaussures)
Ce service était entièrement gratuit pour les usagers jusqu'à 100 kilos, avec une facturation de 1,50 € par kilo entre 101 et 200 kilos. Au-delà de 200 kilos, les déchets n'étaient pas acceptés lors de cette première collecte.
Un problème de santé publique persistant
Interdit depuis 1997, l'amiante a été largement utilisé pour ses propriétés calorifuges, d'isolation phonique et de résistance au feu. On en trouve encore fréquemment dans les habitations ou cabanons de jardin construits avant cette date. Bien qu'il n'y ait pas d'obligation de retirer les composants tant qu'ils ne s'effritent pas, les propriétaires se retrouvent souvent démunis lors de travaux de rénovation.
« L'idée était d'apporter un service aux usagers qui en ont besoin, pour une demande existante », précise Étienne Davaud, directeur général des services du Sietom de Chalosse. « C'est vraiment du ponctuel et pour éviter qu'il y ait des tôles d'amiante qui puissent rester dans la nature. »
Le rôle déterminant des associations de victimes
Cette avancée n'est pas le fruit du hasard. Depuis des années, le Collectif des amiantés de Mimizan milite activement pour une stratégie départementale de gestion de l'amiante. L'association, qui défend les victimes de ce matériau mortel, a sensibilisé le Conseil départemental aux risques encourus par les particuliers mal informés.
Lors de l'assemblée générale du 6 février, Jean-François Mozas, directeur de l'environnement au Conseil départemental, a présenté les avancées récentes : « Le sujet est sur la table depuis un petit moment. Après le financement exceptionnel voté l'an dernier pour le secteur de la Chalosse, il sera proposé au vote du prochain budget départemental un règlement pour que tous les syndicats puissent obtenir 80% du financement. »
Deux modes de traitement disponibles dans les Landes
Le département dispose actuellement de deux solutions pour traiter les déchets d'amiante :
- L'enfouissement sur le site de CLTDI (Centre landais de transit des déchets industriels) entre Bégaar et Carcen-Ponson
- L'inertage par torche plasma proposé par Inertam à Morcenx-la-Nouvelle
Jean-François Daudon, directeur d'exploitation de CLTDI, détaille : « Pour les particuliers, on prend les déchets s'ils sont conditionnés selon la réglementation. Le coût est d'une centaine d'euros la tonne. » De son côté, Catherine Caron, commerciale chez Inertam, précise : « Notre traitement coûte 50 centimes le kilo, mais c'est un traitement définitif qui donne un sous-produit inerte, la cofalit. »
Un enjeu de responsabilité et de traçabilité
Pour ces premières collectes, le Sietom a confié l'ensemble de la mission au groupe Bernadet, qui assure la collecte, le transport et le traitement via CLTDI. « L'objectif, plus tard, est de trouver un prestataire qui emmènerait le déchet chez Inertam », explique Étienne Davaud. « On préférerait faire de la destruction définitive. Avec l'enfouissement, on est responsable de ce qui a été enfoui. »
Jean-François Daudon nuance : « C'est un transfert de responsabilité. La traçabilité des déchets se fait via un formulaire BSDA dématérialisé. Quand vous vendez une maison avec un diagnostic mentionnant de l'amiante, ce document prouve que les déchets ont bien été traités. »
Le site de CLTDI dispose actuellement d'une alvéole de 5 hectares avec une capacité annuelle de 18 000 tonnes, principalement destinée aux professionnels et aux chantiers du BTP. Sous surveillance de la Dreal et exploité en concertation avec les riverains, ce site répond à des besoins qui resteront présents tant que nos modes de construction et de rénovation devront composer avec l'héritage de l'amiante.



