Valérie Masson-Delmotte : « Nous ne sommes pas égaux face à la canicule »
Valérie Masson-Delmotte : inégalités face à la canicule

La climatologue Valérie Masson-Delmotte, ancienne coprésidente du groupe n°1 du Giec, a vivement réagi aux propos polémiques de Yann Barthès sur le plateau de « Quotidien ». Ce dernier avait déclaré que « tout le monde a chaud » et que « on est tous logés à la même enseigne », une affirmation que la scientifique juge profondément choquante et contraire à la réalité des inégalités face à la chaleur.

Des propos qui minimisent les inégalités

« J’ai été très choquée par cette blague », confie Valérie Masson-Delmotte. « Je connais des personnes qui ont des chambres d’étudiants sous les toits. Et, en ce moment, elles ne peuvent tout simplement pas dormir. Cette blague, qui a pour objectif de créer quelque chose de rassembleur, provoque complètement l’inverse. Elle reflète surtout la vulnérabilité et les inégalités d’exposition à la chaleur. »

Selon la climatologue, la canicule met en lumière des disparités sociales et territoriales bien connues depuis l’épisode meurtrier d’août 2003. « Nous ne sommes pas égaux face à la chaleur », insiste-t-elle. « Après 2003, on a constaté que la chaleur avait un impact sur les personnes âgées, provoquant une surmortalité. Les enfants, les femmes enceintes, les personnes souffrant de maladies chroniques sont également plus vulnérables. Sans oublier ceux qui vivent dans des bouilloires thermiques, des logements où la température peut être plus élevée qu’à l’extérieur. »

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Des inégalités criantes d’exposition

Masson-Delmotte établit un parallèle saisissant : « Vivre dans un appartement climatisé à Neuilly, ce n’est pas la même chose que vivre sous les toits à Paris. Il faut tenir compte de ces vulnérabilités, de ces inégalités d’exposition et ainsi protéger les personnes les plus faibles. » Elle rappelle que les pouvoirs publics ne peuvent pas feindre la surprise face à l’intensité de la chaleur en juin. « Ça, je ne peux pas l’accepter. Depuis les années 2000, le Giec alerte sur le lien entre énergies fossiles et réchauffement climatique. On ne peut pas être plus clair. »

Interrogée sur les réponses apportées par les pouvoirs publics, la climatologue reconnaît des progrès depuis 2003, notamment dans la gestion de crise sanitaire : « Les seuils de canicule, le fait de veiller sur nos aînés, l’accès aux espaces verts, la possibilité de déprogrammer des trains… Il y a eu des progrès, il faut le dire. »

Un « grand plan fraîcheur » nécessaire

Mais elle estime que l’on peut aller plus loin, en déployant un « grand plan fraîcheur » pour atténuer les effets des vagues de chaleur. Ce qui la choque le plus, c’est la communication gouvernementale. « Les politiques ne peuvent pas dire qu’ils sont surpris que l’on atteigne une telle intensité de chaleur au mois de juin. Ça, je ne peux pas l’accepter. »

Valérie Masson-Delmotte appelle ainsi à une prise de conscience et à des actions concrètes pour réduire les inégalités face aux canicules, qui risquent de se multiplier avec le changement climatique.

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