Sécheresse et maisons fissurées : le fléau du retrait-gonflement des argiles
Sécheresse : maisons fissurées, le fléau du retrait-gonflement

Maisons fissurées : quand la sécheresse fracture les bâtiments et vire à la catastrophe

Depuis 2015, les sécheresses se multiplient en France, accentuant la vulnérabilité des maisons individuelles face au retrait-gonflement des argiles (RGA). Ce phénomène, indemnisé au titre des catastrophes naturelles, touche désormais une maison sur deux dans l'Hexagone, avec des conséquences financières et humaines désastreuses.

L'aléa RGA est moyen à fort pour 10,43 millions de villas sur les 19,23 millions recensées en France. Selon l'Agence qualité construction, un peu plus de trois millions de ces habitations sont déjà attaquées. La Caisse centrale de réassurance, qui réassure les risques de catastrophes naturelles, classe ce phénomène comme le deuxième risque le plus coûteux après les inondations. Les projections estiment le coût total à environ 40 milliards d'euros d'ici 2050.

Le mécanisme de l'argile qui joue à l'éponge

L'argile, matériau très fin présent dans tous les sols, se comporte comme une éponge. En été, la sécheresse provoque son retrait, tandis qu'en hiver, les pluies entraînent son gonflement. Ces mouvements différentiels affectent principalement la périphérie des maisons, provoquant l'apparition de fissures. Les propriétaires se retrouvent alors avec des villas balafrées, invendables, perméables au froid et à l'humidité.

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Le Languedoc en première ligne

48 % du territoire hexagonal est exposé à l'aléa RGA à un niveau moyen à fort, ce qui représente 54 % de l'habitat individuel. Dans l'ex-région Languedoc-Roussillon, l'exposition est massive : 75 % du territoire dans l'Aude, 60 % dans l'Hérault et 67 % dans le Gard. 94 % des maisons audoises sont concernées. Les sols de cette région comportent une fraction importante d'argiles de type smectite, aux plus forts potentiels de gonflement et de rétractation.

L'impact aggravant du réchauffement climatique

Depuis l'intégration du RGA dans le dispositif catastrophe naturelle en 1989, le nombre de sinistres a augmenté de 14 %. Douze des vingt catastrophes naturelles les plus coûteuses entre 1989 et 2022 étaient liées à la sécheresse. Depuis 2015, les épisodes de sécheresse sont plus fréquents, plus sévères et plus longs. La répétition accentue la vulnérabilité des bâtiments, et les niveaux d'humidité des sols de plus en plus bas provoquent des rétractations des argiles jusqu'à 4 mètres de profondeur, contre 2 mètres classiquement. Le changement climatique double l'impact : le nombre de sinistres augmente dans les zones déjà exposées, et de nouvelles régions comme le Grand-Est ou la vallée du Rhône sont désormais touchées.

Indemnisation : une situation explosive

Pour être indemnisée, une victime doit obtenir la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour sa commune et prouver que les fissures sont liées au retrait-gonflement des argiles. Les travaux de réparation peuvent coûter de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d'euros. La sécheresse de 2022 a généré près de 4 milliards d'euros d'indemnisations, un record. La rapporteure de la commission des finances du Sénat, Christine Lavarde, a souligné que ce risque ébranle les fondations du régime Cat Nat. Le BRGM projette une sécheresse type 2003 une année sur trois d'ici 2050, et une année sur deux entre 2050 et 2080. Face à ces perspectives, la surprime Cat Nat dans les contrats d'assurance habitation est passée de 12 à 20 % au 1er janvier.

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