Le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS et membre du Giec, livre une analyse sans concession sur la gestion des canicules en France. Dans un entretien accordé à Libération, il estime qu'il est urgent de « politiser les canicules » et de « dénoncer les défaillances des responsables ». Selon lui, les vagues de chaleur ne sont pas des phénomènes naturels anodins mais des événements directement liés au changement climatique d'origine humaine.
Une canicule précoce et intense
Alors que la France connaît une canicule précoce en juin 2025, avec des températures dépassant les 40°C dans plusieurs régions, Cassou rappelle que ces épisodes sont appelés à se multiplier et à s'intensifier. « Chaque canicule porte la signature du changement climatique », affirme-t-il, citant les travaux du Giec. Il souligne que la probabilité d'une canicule comme celle de 2003 a été multipliée par dix en raison du réchauffement.
Des responsables politiques pointés du doigt
Le climatologue dénonce le manque d'anticipation et de mesures structurelles. « On continue à gérer les crises au lieu de prévenir », regrette-t-il. Il pointe les défaillances des élus et des gouvernements successifs, qui n'ont pas mis en œuvre les politiques nécessaires pour adapter les villes, les logements et les systèmes de santé. « Il faut politiser ces événements, c'est-à-dire les inscrire dans un débat démocratique sur les choix de société », insiste-t-il.
L'urgence d'une adaptation radicale
Cassou appelle à une adaptation radicale : végétalisation des villes, isolation des bâtiments, création de zones de fraîcheur, et surtout, réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre. « On ne peut pas continuer à construire des logements sans climatisation ni isolation », tonne-t-il. Il cite l'exemple de Montpellier, où des projets immobiliers ont été bloqués pour cause de risques caniculaires.
Un appel à la mobilisation citoyenne
Le chercheur encourage les citoyens à se mobiliser et à interpeller les élus. « La canicule n'est pas une fatalité, c'est le résultat de choix politiques », martèle-t-il. Il appelle à une « désobéissance climatique » pacifique pour faire pression sur les décideurs. Selon un sondage Ifop de 2024, 78 % des Français se disent inquiets du réchauffement climatique, mais seulement 23 % estiment que les politiques agissent suffisamment.
Des mesures insuffisantes
Cassou critique le plan canicule du gouvernement, jugé trop réactif et insuffisamment préventif. « On distribue des bouteilles d'eau et on ouvre des salles climatisées, mais on ne s'attaque pas aux causes structurelles », déplore-t-il. Il rappelle que les canicules provoquent des milliers de morts chaque année en Europe, avec 70 000 décès supplémentaires en 2022 selon l'OMS.
Vers une justice climatique
Le climatologue insiste sur la dimension sociale de la crise : les plus vulnérables sont les plus touchés. « Les personnes âgées, les sans-abri, les travailleurs en extérieur paient le prix fort », souligne-t-il. Il appelle à une « justice climatique » qui intègre les inégalités dans les politiques d'adaptation. « Politiser la canicule, c'est aussi reconnaître qu'elle n'affecte pas tout le monde de la même manière », conclut-il.



