L'été 2026, marqué par des températures extrêmes, offre un aperçu de ce que pourraient être les étés languedociens d'ici 2050 ou 2100. Selon le géographe gardois Stéphan Arnassant, la Méditerranée est l'une des régions du monde « qui va subir le plus de changements ». Il prévient : « Si on met tout bout à bout, le tableau devient très noir, avec des températures difficiles à supporter, avec en Camargue le sel qui va remonter, l’eau du Rhône qui va diminuer, condamnant peut-être la riziculture ».
Des températures en hausse et un air irrespirable
D'ici 2100, la température moyenne pourrait augmenter de quatre degrés, rendant l'air estival « irrespirable » et « insupportable » dans la région. Les enfants nés aujourd'hui seront septuagénaires en 2100, une seule génération nous séparant des scénarios catastrophe. L'agroclimatologue héraultais Serge Zaka, interrogé par Midi Libre en novembre dernier, avertissait : « Si on n’a rien fait pour contrer le réchauffement, on pourra tout simplement oublier l’agriculture ici » en 2100.
La viticulture languedocienne menacée
La vigne, si emblématique du Languedoc et du Roussillon, pourrait disparaître. Le vigneron et négociant audois Gérard Bertrand appelle à un « plan Marshall » pour la vigne, à hauteur de 500 millions d'euros, pour généraliser l'irrigation. Il souligne que la population de la région Occitanie va augmenter de 2 à 3 % par an pendant les dix prochaines années. « Il faut que cet eldorado devienne un “eldorad’eau”. Sinon, ce sera la misère », déclare-t-il. L'arrachage des vignes, déjà visible dans le paysage, pourrait devenir la seule issue.
Des paysages transformés en steppe
À ces températures, le paysage languedocien pourrait se muer en steppe. Stéphan Arnassant précise : « Avec des températures atteignant régulièrement les 45° ou 50°, on ne pourra pas garder des forêts, ou en replanter, elles ne pousseront plus, à ces températures on a une steppe ». Il alerte aussi sur la « maladaptation », comme la climatisation généralisée ou les mégabassines, dont l'eau s'évapore, comme cela s'est vu à Sainte-Soline cet été. Hélène Rey-Valette, chercheuse à l'université de Montpellier, insiste : « Il faut amener les gens à changer de comportement de façon globale et pas uniquement avec des solutions technologiques ». Elle espère que la canicule de cet été jouera un « effet de sentinelle » pour éviter le déni.
Des étés plus longs, plus secs et des risques maritimes
Sylvain Chave, directeur ingénierie de Predict Services, entreprise montpelliéraine spécialisée dans la gestion du risque climatique, affirme : « On a eu cet été un très bon aperçu de ce que pourraient être nos étés futurs », avec des séquences caniculaires depuis le 15 juin et des températures dépassant 30 ou 35 degrés en continu. Cela « fatigue tous les organismes, notamment des personnes les plus fragiles ». La mer se réchauffe aussi, avec une eau à 29°, menaçant l'écosystème marin et la filière pêche. Ces chaleurs stockées en Méditerranée « vont fournir du carburant à des dépressions toujours plus intenses et plus fréquentes », comme les épisodes cévenols XXL et les « médicanes ». Il préconise de multiplier les îlots de fraîcheur en ville et de réglementer l'usage de l'eau : « Je caricature en disant qu’il faudra arbitrer entre boire de l’eau et éteindre les feux, mais il y a un peu de ça. Il arrive déjà qu’on soit “limite” en eau potable ».



