La Compagnie nationale du Rhône (CNR) a officiellement inauguré, ce mercredi 7 octobre, un barrage hydroélectrique nouvelle génération à Vallabrègues, dans le Gard. Ce complexe, en activité depuis juin 2026, marque une première en France depuis 40 ans et doit produire jusqu'à 60 gigawatts-heure par an, selon le responsable de projet Quentin Morel.
Un ouvrage compact et performant
Le nouveau barrage est situé à quelques mètres en amont du barrage historique de Vallabrègues, édifié en 1970. Il comprend un canal de captation d'eau du Rhône, une turbine souterraine de 4,5 mètres de diamètre et un canal de rejet dans le Gardon. La turbine, d'une puissance de 8,5 mégawatts, avale 80 mètres cubes d'eau par seconde. "C'est l'équivalent de la consommation de 26 000 habitants, soit deux villes comme Villeneuve-lez-Avignon", précise Quentin Morel.
Contrairement aux grands barrages comme celui de Beaucaire, qui peut perdre de la production quand le niveau du fleuve baisse, cette installation garantit un débit constant à toutes saisons. "Nous n'aurons pas la puissance d'une centrale hydroélectrique géante comme celle de Beaucaire, mais nous pouvons nous assurer que le débit qui passe dans la turbine reste constant", explique le responsable de projet.
Un programme d'investissement majeur
Ce barrage est le premier d'une série de sept "petits" barrages que CNR prévoit de construire le long du Rhône jusqu'en 2031, selon la présidente de CNR, Laurence Borie-Bancel. Six autres ouvrages sont prévus dans les cinq prochaines années : Saint-Pierre-de-Boeuf (Loire), Arras-sur-Rhône et Charmes-sur-Rhône (Ardèche), La Roche-du-Glun et Donzère (Drôme) et Caderousse (Vaucluse). "Ils permettront de produire l'équivalent de la consommation électrique d'une ville de 114 000 habitants", ajoute la présidente. L'investissement total s'élève à 350 millions d'euros pour CNR.
CNR, créée en 1933 par Édouard Herriot et Léon Perrier, exploite le Rhône via une concession d'État valable jusqu'en 2041. L'entreprise, détenue par Engie (49,7 %), la Caisse des dépôts (33,20 %) et 183 collectivités locales (16,83 %), gère actuellement 19 barrages et travaille aussi sur le transport fluvial et les canaux d'irrigation.
Un volet environnemental renforcé
Le barrage intègre des avancées environnementales. Depuis 2014, la loi impose un débit réservé plus important ; ici, il est passé de 10 à 80 mètres cubes par seconde, rappelle Laurence Borie-Bancel. CNR a également construit une passe à poissons de 330 mètres, avec un soutien financier de 3 millions d'euros de l'Agence de l'eau. Cette passe permet aux poissons de descendre ou remonter le courant et facilitera l'observation des espèces.
Dès 2027, CNR installera des captations vidéos à l'entrée de la passe pour recenser les poissons, et certains seront pucés. "Grâce à ce type de dispositif, on a repéré par exemple des brèmes qui ont nagé sur plus de 150 km", indique Quentin Morel. L'Office français de la biodiversité (OFB) a été consulté pour l'élaboration de la passe. "Les espèces concernées sont deux grandes migratrices : l'alose de Méditerranée et l'anguille européenne", précise Vincent Marty, chef de service de l'OFB dans le Gard. L'anguille européenne est classée en "danger critique d'extinction". "Elle est moins glamour que les mammifères, mais elle est encore plus menacée que l'ours polaire", ajoute le naturaliste. Grâce à une meilleure observation, l'OFB espère améliorer ses connaissances sur ces espèces et éviter leur extinction.