La tempête Nils frappe violemment le littoral aquitain
Les côtes aquitaines ont subi une nuit de violences météorologiques exceptionnelles avec des vents dépassant les 150 km/h par endroits. Ces rafales dévastatrices ont balafré bâtiments, forêts, voitures et réseaux électriques, laissant les stations balnéaires meurtries avant même l'annonce d'un nouvel épisode de forte houle prévu pour la semaine prochaine.
Biscarrosse Plage en première ligne
Médaille d'or des vents les plus violents pour Biscarrosse Plage. La station balnéaire landaise a été balayée par des rafales de 162 km/h vers 2 heures du matin jeudi, devançant largement le Cap Ferret (157 km/h), Moliets (135 km/h) et Capbreton (122 km/h). Ces vitesses olympiques résument à elles seules le combat livré par la tempête Nils sur la côte atlantique.
Après une nuit dans la soufflerie, Biscarrosse s'est réveillée groggy, avec du sable et des aiguilles de pin plein les rues. Les tuiles du poste de secours et des villas jumelles se sont envolées comme les plumes d'un pissenlit. « On finit par s'habituer », philosophe-t-on sur le front de mer, où il y a dix jours à peine, un morceau de la promenade en béton s'était écroulé dans l'océan.
Dégâts matériels et souvenirs douloureux
Cette fois, c'est le toit du restaurant La Playa qui a été projeté sur l'esplanade de la plage centrale. Le déménageur s'appelle Nils, ravivant les souvenirs des tempêtes de 1999 et 2009. À cette vitesse vertigineuse, les rafales n'ont mis qu'une poignée de minutes pour atteindre les rives du lac de Sanguinet.
Kathy et Franck Urien ont été réveillés sans sommation par un « énorme boom au-dessus de nos têtes ». Dans la nuit noire, le couple a découvert deux pins maritimes couchés sur leur toit, les branches ayant traversé le grenier. « Heureusement qu'elles n'ont pas terminé dans la chambre », témoigne la propriétaire, qui avait déjà vécu le même cauchemar en Gironde en 1999 et 2009.
Forêts landaises décimées
Les pluies exceptionnelles des dernières semaines avaient fragilisé les sols. Il a suffi d'un violent coup de vent pour déchausser les pins, particulièrement dans les zones humides. À Lit-et-Mixe, au cœur de la côte landaise, le maire Gérard Napias avait prédit ce scénario : « Nous avons évacué une trentaine d'arbres sur le bord de nos routes ».
Le président des communes forestières des Landes se dit néanmoins soulagé : « Globalement, les dégâts auraient pu être plus lourds dans le massif ». C'est à l'intérieur des terres, dans les secteurs de Sabres (40) ou de Saint-Magne (33), que la pinède a le plus souffert, avec des pins vrillés jusqu'à l'explosion.
Infrastructures communales touchées
À Saint-Michel-Escalus, le maire Didier Clavery a reçu un appel alarmant : « L'agriculteur qui a les champs derrière la mairie et la salle des fêtes m'a dit : 'Je crois que le toit de la salle des fêtes est dans mon champ' ». Plus de 300 mètres carrés de toiture se sont envolés dans la nuit, l'isolant s'étant répandu comme un champ de coton.
« C'est une salle construite il y a une vingtaine d'années, une véritable catastrophe pour le village », déplore le maire. « Nous devions y organiser des réunions publiques d'ici aux élections, elle était louée pour plusieurs spectacles... »
Routes obstruées et accidents
Retour à Biscarrosse où la route menant à la dune du Pilat a été libérée en milieu de matinée. Il faut rouler au pas pour ne pas glisser sur le tapis d'aiguilles de pins et de sable. Partout, les mêmes visions de branches arrachées et de troncs brisés en deux.
Sur la RD 218, une dizaine d'arbres ayant survécu aux incendies de 2022 se sont retrouvés couchés en pleine voie. Un conducteur surpris en pleine nuit a vu sa voiture détruite, mais s'en sort indemne. Les agents communaux et départementaux s'activent depuis 1 heure du matin à tronçonner et évacuer le bois mort.
Inquiétudes pour la semaine prochaine
Dans le Médoc, le maire de Lacanau Laurent Peyrondet explique que « le phénomène a été très dispersé », mais que « la semaine prochaine nous inquiète davantage à cause du phénomène d'érosion ». Des creux de 5 mètres et des coefficients de marée flirtant avec les 100 sont attendus entre les 18 et 19 février.
L'ingénieur en risques côtiers de l'Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine, Antoine Deburghgraeve, confirme : « Les coefficients de marée vont remonter la semaine prochaine. Les plages sont beaucoup moins chargées en sable qu'au début de l'hiver. Rien n'empêchera la houle de faire des dégâts ».
À Lacanau comme ailleurs sur le littoral, on tronçonne désormais avec un œil sur les prévisions météorologiques, redoutant que la dune déjà grignotée par les vents de Nils ne subisse un recul encore plus important.